Deux hommes, le premier, Franck, presque quinquagénaire, le second, Julien, ayant à peine dépassé les 25 ans, sont sportifs et surtout plongés dans la natation, pour de vrai et ayant frôlé les Jeux olympiques pour l’un et souhaitant accumuler les médailles pour l’autre. Ils savent donc ce que c’est cette parfois garce de natation, et l’entraînement est régulier, dans la même piscine depuis longtemps et ils finissent un jour par se retrouver ensemble dans les vestiaires. Y naît une longue conversation, début d’un rapprochement des plus complexe et difficile. Le poids de l’eau est un titre très clair, exprimant tout ce qui peut peser, sur les épaules de ces deux hommes, mais également sur leur difficulté d’être, de communiquer, de partager.

La rencontre dans les vestiaires d’une grande piscine n’a pas du tout ici la facilité banale que l’on pourrait imaginer. Cette première conversation s’ouvre sur une amitié complexe et riche, Franck et Julien nagent de plus en plus et de mieux en mieux, oui, mais se dirigent aussi vers le théâtre, ils veulent créer tous les deux, jouer, concourir. Le poids de l’eau n’est pas une petite conversation fortuite, loin de là, nous serons davantage spectateurs d’une tension particulière entre eux deux, dans l’eau ou sur scène. Ils parlent, parlent, parlent… Il y a celui qui semble à la fois très fier de lui, Julien, tout doux avec sa petite copine au téléphone, protégé par d’immenses remparts. Il sait présenter les maux qui l’enferment, draguer et refuser. Franck reste silencieux lui aussi sur beaucoup de choses mais les douleurs sont plus visibles, l’envie plus facile.

Le poids de l’eau est touchant par la vérité dans laquelle Franck et Julien échangent, s’opposent. Un désir est là, mais comment revenir vers ce désir, ou comment accepter ce désir-là ? Comment se dépasser ? Deux hommes qui ne veulent plus, ne savent pas ouvrir leur porte. Le spectateur crée parfois « tout seul » grâce aux mots, aux gestes, il imagine et développe toutes les difficultés passées et présentes de ces deux hommes. Une scénographie simplissime laisse une liberté au rapprochement qui tente de se faire, de s’accepter, qui essaie d’avancer enfin vers la facilité et la joie. Alexandre Testagrossa et Joseph Gabison offrent une force complète et sensible dans le petit espace du Théâtre Guichet Montparnasse. Nous sommes si proches d’eux que nous avons l’impression « d’être » dans cette histoire. Cependant Le poids de l’eau mériterait un texte revu, évitant répétitions ou surprises. Ce texte et ce jeu mènent vers la réflexion, l’humour est présent, mais effectivement, et c’est tout à fait dommage, on se prend les pieds dans un peu de trop. On s’inquiète de voir des longueurs approcher. Mais ce sujet touche, ces personnages donnent envie d’aller les aider à avoir une vie plus belle, rappellent que, parfois, les histoires d’amour sont étranges et casse-gueule.  

Le poids de l’eau,d’Alexandre Testagrossa

Distribution et mise en scène : Joseph Gabison et Alexandre Testagrossa

© Photos de Mukit Abdul Hamid

Du 8 au 24 mai 2026

(Uniquement les vendredis et samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30)

Durée du spectacle : 1h15 Tout public à partir de 16 ans

Théâtre Guichet Montparnasse 15 rue du Maine 75014 Paris

Réservations : 01 43 27 88 61 www.guichetmontparnasse.com

Tournée :

La Divine Comédie, Marseille 28-30 mai 

Teatro Bocage, Lisbonne 19 et 20 juin 

Festival d’Avignon, Théâtre La Carreterie 4-26 juillet à 14h35 Relâches les jeudis