Depuis l’obscurité chthonienne sourd un boucan d’enfer. Tambours, clochettes, percussions, Sous le volcan entre en fusion dès les premières secondes déversant son magma sonore sur la scène tendue de satin noir. Parade ou procession, affirmant son étrangeté aussi nette qu’une ombre se détachant sur une paroi, c’est une danse folle, carnavalesque, qui se fait jour, évoluant dans son carré pour commencer, empreinte de l’irréfragable volonté qui carburait, fut un temps, sous la cendre du célèbre Quad beckettien. Danseurs à fourrure, visages escamotés, sortis d’on ne sait où mais un poil fetish, ils se bousculent, culbutent, entrechoquent, comme la fuite « en avant toute ! » d’un défilé de mode au bord du précipice. Au clair de lune argenté, les gestes et pas endiablés des danseurs électrisent la farandole. L’exultation pousse à la dépense jusqu’à l’exténuation, corps effondrés d’une petite mort avant que de se retrousser les manches, et reprendre le commun d’un unisson.
Sous le volcan est le feu sous la cendre, le point vital sous l’étoffe, le nerf obtus sous la chair. Leslie Mannès tire son fil sans en démordre, et d’une serpillère noire l’usant jusqu’à la corde cingle le sol comme le pont d’un navire, écopant tous ensemble sans fin. Danse des faits et gestes, danse des corps pris dans les cordages de la vie, danse d’un prosaïsme qui s’héroïse en s’enflammant, la pièce nous embarque dans une puissante traversée partant d’un étrange rituel masqué jusqu’à rejoindre les rives d’un folklore recouvré, revitalisé. L’ensemble, structuré en séquences distinctes mais finement couturées, déploie son patchwork que chacun défait pour le retisser, sans fin, comme autant de Pénélope s’activant à la tâche. La sensationnelle musique de Solène Moulin se gonfle de vibes très roots, de basses proprement telluriques, se fait tectonique des plaques et nourrit les corps d’un rebond énergétique. L’unisson est l’asymptote où tendent et se détachent tout à la fois les singularités des uns et des autres. Si cette danse est bien figurative, elle l’est comme le réel peut se figurer dans un rêve où l’on reconnait bien les contours et les forces du vivant mais comme dépêchés dans de nouvelles configurations, saisis dans une perspective inédite. L’archaïsme de Sous le volcan se réalise dans un à venir. La puissance hypnotique des rondes et marches, sabbat d’un monde nouveau, se double d’un graphisme percutant, jouant des contrastes, éclairages chromatiques, longues chaussettes et chaussures noires, pantalon suspendu blanc comme le haut. Dans le contrejour des lumières, les torses et les dos aux muscles bandés, ruisselant, font surgir la vision du tableau des Raboteurs de parquet de Caillebotte.
Le roulement des épaules déroule le roulis de la vie. Côte à côte, dans une accalmie où l’écho de l’effort ondule dans une immobilité nouvelle, leur communion se tresse, lumineuse, telle une vivante étoffe.
Sous le volcan
Chorégraphie de Leslie Mannès
Interprétation : Iris Brocchini, Gilles Fumba, Eugenia Lapadula (Création : Amélie Marneffe), Leslie Mannès, Marco Torrice
Lumières : Vincent Lemaître
Composition musicale : Solène Moulin
Costume design : Marie Artamonoff
Réalisation costumes : Marie Artamonoff et l’atelier costumes du Varia Fabienne Damiean, Lena Henry, Baptiste Alexandre, Isaline Vanlangendonck, Ludmila Krasnobai
Regard extérieur : Joëlle Bacchetta
Assistante : Laura Bossicart
Crédit photos : @ Hichem Dahes
Durée : 60 minutes
Vendredi 31 mars 2026 à 21h
Dans le cadre du Festival Artdanthé
Théâtre de Vanves
Théâtre de Vanves
12 Rue Sadi Carnot
92170 Vanves
Tél : 01.41.33.93.70

