De l’importance du souffle dans la danse. Ils arrivent ensemble, 10 avançant d’un même pas. Ce pas qui obéit fidèlement à la scansion aléatoire et métronomique, pulsation martelée, la partition musicale dense de Kornilios Selamsis. Un pas qui détermine et ouvre cette danse toujours organique, cette murmuration propre aux essaims, aux nuées, aux bancs, cette coagulation fluide et toujours mouvante des êtres au diapason exacte qui est la marque de Christos Papadopoulos. Bientôt c’est tout le corps qui est engagé, toujours au pas cadencé, mouvements de tête, du torse, du bassin, dé/synchronisés, et cette fine ondulation des bras caressant l’espace. Mouvements cycliques, en (ré)évolution perpétuelle, variation des motifs, repris, augmentés jusqu’à la rupture et son épuisement. Parfois se glissent, comme incrustés, quelque pas de danses populaires, folkloriques, gigues, branles, chaînes ou pas de rondes rompues. Toujours cette importance du faire ensemble. L’espace, lui, est traversé, dessiné, avec cette même fluidité sans que jamais le groupe ne se rompt, ne se fragmente. Et quelque chose lentement advient, se fait peu à peu entendre, inédit, le souffle des danseurs qui n’est pas essoufflement. Un souffle qui s’amplifie, gronde, deviendra un cri, accompagnant cette montée en puissance de la chorégraphie allant toujours crescendo, jusqu’à la transe. Ainsi l’espace chorégraphique, la danse devient un lieu aussi d’écoute où l’impulsion du mouvement et le mouvement lui-même est donné à entendre. Ici « l’œil écoute », pour reprendre un assertion de Claudel, parce que le spectateur est soudain en immersion ultra-sensible et totale, immergé dans la danse, jusque dans ce que jusqu’à présent elle occultait qui lui est pourtant constitutif, la nourrissant, se désirant pourtant muette et sans scorie, cette énergie vitale qui est la puissance du souffle de la danse au travail et qui ici, à nu, complémentaire, détermine autant que le mouvement et le rythme, la chorégraphie. Christos Papadopoulos donne à entendre la danse, le mouvement dans son entité non plus abstraite mais bien concrète. De quoi est faite la danse, son fondement purement organique. Et cette respiration vite tempétueuse est le marqueur de la tension qui innerve cette chorégraphie, cette synergie reliant les danseurs entre eux comme un rhizome souterrain les connectant, les traversant. Un même pas donc mais aussi un même souffle, l’un n’allant pas sans l’autre. Jamais sans doute cette expression, d’un même souffle, n’aura pris ici tout son sens.

My fierce Ignorant Step, conception et chorégraphie de Christos Papadopoulos

Conseil dramaturgique : Alexandros Mistriotis

Musique originale : Kornilios Selamsis
Assistant à la composition musicale : Jeph Vanger
Décor : Clio Boboti
Costumes : Angelos Mentis
Lumières : Stefanos Drousiotis
Coach vocal : Apostolis Psichramis
Assistant à la chorégraphie : Sevasti Zafeira

Photo : © Penelopi Gerasimou for Onassis Stegi Higt
Collaboration et interprétation : Themis Andreoulaki, Maria Bregianni, Amalia Kosma, Georgios Kotsifakis, Sotiria Koutsopetrou, Tasos Nikas, Spyros Ntogas, Ioanna Paraskevopoulou, Danae Pazirgiannidi, Adonis Vais

Jusqu’au 31/05/2026

A 20h, samedi à 15h, dimanche à 14h

Durée 1h

Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt

Place du Châtelet

75004 Paris

Réservation : 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com