Au théâtre, la légende veut que le mot « corde » porte malheur et quiconque le prononce doit payer une tournée de vin blanc à toute l’équipe. Nicole Genovese, aime les défis, surtout lorsqu’ils sont inutiles : Avec La machine à affranchir, elle concocte un sketch à cordes et sans cris, avec pour tout décor… une machine à affranchir qui trône à cour, d’un beau jaune comme à la poste. Quel rapport ? Aucun, si ce n’est la passion de l’auteur pour la ruralité, les petits bleds de province avec leurs banques, supermarchés, vendeuses de poires, postes, carwash et autres modestes commodités, en témoigne son film La mémoire des grands chiens.

Un passant (Sébastien Chassagne) interpelle une passante (Nicole Genovese)

  • Vous avez vu, une machine à affranchir ?
  • Oui, vous pensez qu’ils construisent une poste ?  

Quand on veut construire une poste on commence évidemment par planter une machine à affranchir.  S’ensuit une litanie de tutelles, de partenaires, de subventions et institutions diverses, acronymes, aux titres ronflants qui rebondissent chaque fois qu’on pense qu’elle en a fini, tous nécessaires pour obtenir l’autorisation de construire, pour finalement rendre hommage à la valeureuse profession du bâtiment. On se croirait chez Valère Novarina.

Sans queue ni tête, les échanges se télescopent avec plus ou moins de bonheur comme dans la vie quand on ne sait plus quoi dire. Que faire d’une corde si ce n’est de s’y pendre, vu la petitesse de l’existence , « J’aimerais en finir » déclare benoîtement Nicole, la mine chafouine et la corde au cou « Je hais tous ces gens qui font comme si tout allait bien ».

© Christophe Raynaud de Lage

Sans transition, un magicien (Quoc Tien Tran) arrive nous servir des tours de magie… à cordes dont on se fout éperdument. Le final prend des allures de ready-made insolite avec une machine à affranchir parlante et des baskets autolaçantes. Le tout colle parfaitement avec les formes courtes expérimentales proposées à Avignon dans la rubrique Vive le sujet !

 « C’est désolant ce monde qui se vide de sa poésie » disait un personnage de son précédent spectacle Le rêve et la plainte. Tenez bon Nicole, vous qui réhabilitez dans le théâtre contemporain le ratage, le bide, l’a peu près, le pas-prêt, le prêt fabriqué, qu’est-ce que ça fait du bien !

La Machine à affranchir de Nicole Genovese

Mise en scène :  Claude Vanessa (Nicole Genovese)

Musique : Nicole Genovese, Sébastien Chassagne

Avec : Nicole Genovese, Sébastien Chassagne, Quoc Tien Tran

Durée : 35 mn

Les 8, 9, 10 et 11 juillet à 10h30 et 18h

Jardin de la Vierge, du lycée Saint Joseph

62 rue des Lices  

84000 Avignon

Réservation : 04 90 14 14 14

www.festival-avignon.com