Bili the Queen. Bili Bellegarde, un pseudo mais qui prend sa source résiliente dans une enfance morne à regarder le Big Deal où la différence ressentie, à Bellegarde, appelait dûment et naturellement l’émancipation. Bili Bellegarde, chanteuse et cabarettiste, co-fondatrice du cabaret La Bouche, a le champ libre ici, aux Tuileries, invitée par le Festival Paris l’été. C’est un cabaret qui lui ressemble, spirituel, malicieux, engagé et joyeusement saphique. « Gouine » revendiquée, un terme fièrement brandit comme un renversement du stigmate -sinon l’injure – dont il est chargé par la majorité hétérosexuelle, comme un refus bravache de l’invisibilité, c’est une force émancipatrice, de celle d’être et sans concession aucune face la morale réactionnaire et conservatrice. Le cabaret c’est ça aussi et surtout un lieu d’affirmation identitaire, d’une liberté absolue sans entrave ni morale, où l’engagement le dispute à l’impertinence, pied de nez transgressif et salutaire adressé à tous les conservateurs réacs. On songe en voyant, en écoutant cette artiste au talent crépitant, pétillante et engagée, à Suzy Solidor dont elle pourrait être la petite-fille émancipée. (Pour mémoire, l’incroyable Ouvre de Rualten et Haraucourt devenu hymne érotique lesbien par l’androgyne chanteuse, première garçonne revendiquée. Ou encore obsession de Laurent et Jamblen). Bili Bellegarde est de celles-là qui font le show naturellement comme on décline fermement ses convictions avec un humour abrasif, une sensibilité d’écorchée sous les paillettes et le fard et un art du décalage prononcé sous des dehors aussi polissés qu’urticants.

On retrouve ici quelques extraits de son spectacle, dyke* – on vous laisse le choix de la traduction – récit d’un parcours de vie qui la menât de Bellegarde dans l’Ain aux cabarets parisiens. Mais elle n’est pas seule sur cette scène ouverte sur les frondaisons des Tuileries, la formidable Mascare est là, complice de toujours et de l’aventure de La Bouche, lesbienne militante, chanteuse, poétesse, aux traits d’humours acérés et vachards, un sens de la réplique caustique queer qui fait mouche, toujours pertinent dans l’impertinence. Et La Mulette au piano, au chant également. La Mulette qui officie régulièrement au cabaret La Barbichette mené de main de maître par Monsieur K.

C’est un formidable trio qui ne s’en laisse pas conter et lequel avec le public établit une complicité immédiate et joyeuse. On y chante donc et très bien, séparément ou ensemble, chansons françaises revisitées, un répertoire pop aussi, choisi avec soin pour sa force subversive, ou rendu tel par l’adaptation qui en est faite par ces trois-là, ou encore des compositions originales qui affirment une identité queer combattante n’omettant jamais, transfuges de classes, le milieu dont elles sont issues et qui a son importance, participant également de leurs forces et convictions. Entre deux chansons d’amour lesbiennes, car l’amour est universel, une démonstration de Kulning (pas de confusion, c’est le chant suraigu traditionnel des vachères et bergères scandinaves), Bili égrène quelques souvenirs, échange avec le public, partage son expérience en tant que minorité, de l’importance de la sororité queer, dont elles témoignent avec évidence sur cette petite scène, et de son héritage. D’ailleurs Monique Wiitig, Joan Nestle ou encore Virgine Despentes sont évoquées par Mascare qui n’oublie jamais la lignée littéraire dans laquelle elle s’inscrit, comme Bili Bellegarde, et qu’elle porte continument au cabaret. Bili Bellegarde a réalisé son rêve, faire du cabaret, y trouver et affirmer là son identité et pas seulement artistique et c’est tout ça qu’elle offre généreusement en partage avec un bonheur communicatif. Et c’est toute la force subversive du cabaret, son importance politique aujourd’hui plus que jamais où les droits LGBTQI+ sont menacés, force que contient et pourrait résumer le mot gouine revendiquée, qu’elle représente avec ses complices, Mascare et La Mulette. Faire cabaret est aussi un acte de résistance.
Champ libre à Bili Bellegarde
Avec Bili Bellegarde, Mascare, La Mulette
Vu le mardi 21 juillet 2026
Jardin des Tuileries,
75001 Paris
Festival Paris l’été
Programmation Festival Paris l’été : www.parislete.fr
Réservation : 01 44 94 98 00
*Dike sera joué du 10 au 13 février 2027 à la Maison des Métallos /Paris

