Géraldine rencontre Jonathan. Très vite, elle tombe enceinte, ce qui vient combler son rêve de toujours : avoir un enfant, être mère. Elle rayonne, suit les cours de préparation à l’accouchement, et lorsqu’elle arrive à la maternité, elle se sent fière de n’avoir presque pas fréquenté l’hôpital durant sa grossesse. C’est alors que tout va très vite, la péridurale ne fonctionne pas, elle a très mal, on lui injecte une « dose de cheval » comme lui annonce le médecin, elle se met à trembler, convulser, le col se dilate anormalement rapidement, et le bébé est là. Mais pas de première tétée, pas de peau à peau, pas de « plus beau jour de leur vie » : Orso est amené en réanimation. C’est la séparation, la première, celle qui préfigure toutes les autres, celle qui accentuera l’angoisse de la mort, celle qui traumatisera Géraldine et la plongera dans une culpabilité inextricable.

Ce lien rompu dès les premiers jours, cette impuissance aura raison du couple et alors que Orso ressort indemne de cette première épreuve, ses parents se séparent 16 mois plus tard. Ce sont ensuite les 5 premières années de vie d’Orso que nous raconte cette histoire. Ou plutôt, les cinq premières années de lien mère-enfant, Géraldine-Orso qui se déploient devant nous. Décidément, « on ne naît pas mère, on le devient », et c’est ce que vient rappeler Orso et moi, autofiction imaginée par Géraldine Martineau, qui interprète elle-même son propre rôle. Tout en tendresse, en humour et en sensibilité, la comédienne autrice dessine un hommage aux mères, à toutes les mères – celles que le fantasmé « instinct maternel » a conduit immédiatement à trouver les ressources nécessaires à cette grande inconnue qu’est la parentalité, mais aussi et surtout à celles qui se battent, qui tâtonnent, qui doutent, qui se trompent, qui trébuchent, celles pour qui la maternité représente un combat, une abnégation, un chamboulement trop grand. Celles qui aiment pourtant, au-delà des difficultés, des peurs, et de la trop peu évoquée dépression post-partum.

Pour Géraldine, c’est un véritable apprentissage, fait de gaucherie, d’incompréhensions, de culpabilité, mais toujours avec cette volonté de protéger son enfant, de faire au mieux. Extrêmement touchante, cette jeune mère nous embarque dans les affres de ses états d’âmes. L’interprétation sur le fil, aux confins de la retenue et de la sincérité, ne lésinant pas sur l’auto-dérision ne peut que nous attendrir. Dans la salle, les rires s’amusent des maladresses, et les yeux se mouillent de larmes devant persévérance de cette maman pas ordinaire.

Au plateau, Géraldine Martineau joue tous les rôles de cette petite famille et les protagonistes qui gravitent autour de cette cellule fragmentée. Mais elle n’est pas seule : la présence discrète d’Ulysse Chaffin qui musicalise la pièce et sert d’appui de jeu lors de certaines scènes est un véritable baume pour l’âme. Par de simples regards, par une gestuelle sobre, cette silhouette muette se fait le miroir des spectateurs qui soutiennent la femme qui se débat devant eux de tous leurs battements de cœur. 

La scénographie poétique souligne la fragilité de la relation de cette mère qui voit chaque semaine partir son enfant chez son père. Un simple coup de vent vient faire flotter les grands tissus légers et transparents – quand justement Orso souffre d’une respiration aléatoire due à son asthme et que Géraldine elle, est soumise aux souffles courts de ses crises d’angoisses. Ce décor d’une blancheur immaculée illustre tantôt l’hôpital, tantôt les voiles du « Mama Pirata », monde imaginaire dans lequel se réfugiera Géraldine pour dédramatiser toutes les épreuves qu’elle traverse avec son fils, « dont elle tient fermement la main » afin qu’il ne coule pas avec elle. Car quoi de mieux qu’un bateau pirate pour traverser les tempêtes émotionnelles, accoster sur des rivages inconnus, et enfin, peut-être espérer trouver un trésor…

Orso et moi, de Géraldine Martineau

Mise en scène de Justine Heynemann

Avec Géraldine Martineau et Ulysse Chaffin

Scénographie et costumes : Marie Hervé

Lumières : Héléna Castelli

Création sonore : Ulysse Chaffin

Chorégraphie : Charlotte Avias
Assistanat à la mise en scène : Jinane Dolbec
Voix de la mère : Isabelle Martineau 
Ecriture des titres poétiques projetés :Melvil Martineau 
Remerciements à Salomé Lelouch et Capucine Tincelin

Photo : © Tuong-Vi Nguyen

Du 23 septembre au 17 octobre 2026

Le Mardi à 19h et du mercredi à vendredi à 20h, le samedi à 17h30

Durée : 1h20

Théâtre de la Colline
15 Rue Malte-Brun
Paris 20e

Réservations : 01 44 62 52 52