C’est un plaisir de découvrir aux Plateaux Sauvages une nouvelle générations d’artistes, tout juste diplômés de l’École Supérieure d’Art Dramatique de Paris, présentant un Peer Gynt, écrit par Henrik Ibsen en 1866 et mis en scène la première fois dix ans plus tard, le 24 février 1876, au Christiana Theatre d’Oslo.
Ces comédiens et comédiennes, vainqueurs de la promotion 2026 ont créé ce spectacle lors du 10ème Festival d’été de la Maison Maria Casarès, à Alloue, en Charente et l’ont ensuite présenté dans les Deux-Sèvres. Matthieu Roy y propose une mise en scène et une scénographie brillantes et entraînantes, d’où magie et éclats de rires se font la joie d’apparaître régulièrement.
La scène est presque vide, sombre, et au milieu se dresse un simple échafaudage sur lequel les personnages vont aller et venir, monter et descendre dans espace réel ou magique selon l’étage, exemple d’une fantastique scénographie. Cette équipe toute neuve va voyager, changer de costume, se faire gnomes, cheval ou Peer Gynt. C’est d’ailleurs difficile de comprendre tout de suite qu’ils sont plusieurs Peer Gynt, on peut un instant glisser hors du jeu, étonné, perdu ou dubitatif et on y revient avec un : « Ah ! mais oui… ». Puis, nouvelle glissade malencontreuse deux minutes plus tard. Ou plus loin, des chevaux déguisés en zèbres, en lions, et on ne sait pas s’il s’agit de costumes récupérés ou encore d’un message si fin qu’on en loupe le sens. Un tout petit peu de lassitude montre le bout de son nez, et ensuite tout s’arrange. Presque. En effet, de petits soucis peuvent se poursuivre à cause de voix trop fortes, résonnantes ou trop rapides de tous ces Peer Gynt qui semblent vouloir, quoi qu’il arrive, se présenter comme ignorants de la nécessité première de l’articulation ou amoureux de la rapidité. Le texte est, au tout début du spectacle surtout, difficile à comprendre, puis tout s’arrange. Hélas tout va se poursuivre pour le Peer Gynt joué par Domitille Leboeuf, la version barbue et chapeautée jusqu’au nez du personnage, et dont on saisit tout du long, avec un peu de chance, un mot sur trois. À cause, là aussi, d’une rapidité mais ici surpuissante et maladroite, sa voix écrase ou efface cruellement chaque mot, plongeant le spectateur dans une interrogation étrange, à moins que l’on ne connaisse par cœur le texte d’Henrik Ibsen. Dommage, son jeu pourrait être très bon sans ce massacre vocal. Une voix trop forte, sans doute apprise dans les représentations premières, réalisées très souvent à l’extérieur et lui conférant une habitude qui, espérons-le, s’adoucira, se cadrera mieux au fur et à mesure des représentations aux Plateaux Sauvages ou entre les murs de prochains théâtres. Les bonnes idées de créations peuvent avoir été si claire au sein même de l’équipe qu’elles le restent moins sur scène parfois.

Il ne faut toutefois pas oublier la féérie que ce spectacle sait offrir. Ce serait une farouche injustice. On sent le plaisir qui explose sur scène, ces Peer Gynt un peu fous, renonçant presque innocemment à leur notion d’être humain, avec ces vilains démons face à lui, qu’il aurait mieux fait de ne pas croiser en quittant joyeusement son univers. Des amoureuses, Solveig et Ingrid, des trolls et gnomes, sans oublier la ricanante sorcière. La vie, l’amour, la mort. Tous montrent une générosité pour laquelle on aurait envie de les remercier, une créativité que Matthieu Roy a su parfaitement mettre en place, lancer pourrait-on dire. Ce Peer Gynt, est un bonheur, il sait emporter parce qu’on ressent le bonheur de tous et toutes, donnant envie de découvrir les avancées certaines de cette équipe, nous donnant parfois l’impression d’avoir dix ans, et d’être au cirque. Et justement, cette équipe présente durant la même période et pour le jeune public, Manger un phoque, de Sophie Merceron, également mis en scène par Matthieu Roy.
Peer Gynt,d’après la pièce d’Henrik Ibsen
Traduction : François Regnault
Mise en scène et scénographie : Matthieu Roy
Costumes : Charlotte Le Gal
Création lumière : Manuel Desfeux
Photos : © Christophe Raynaud de Lage
Avec Mathieu Capella, Souad Dantas, Aurélien Gerhards, Mahaut Grasset, Léa Launay, Domitille Leboeuf, Max Lochon-Bertrand, Steven Injiraky, Paul-Arnaud Rivière et Emmanuelle Vintache
Durée du spectacle : 1h45
Du lundi au samedi à 19h30
Dès 12 ans
Du 15 au 26 septembre 2026
Les Plateaux Sauvages
5, rue des Plâtrières
75020 Paris
Réservations : 01 83 75 55 70
www.lesplateauxsauvages.fr

