Tout commence par l’entrée « spectaculaire » – on peut dire ça – de Léopoldine HH, pianiste de son état mais qui entre ici avec une trompette. On se dit que cela commence étrangement, nos deux acteurs se faisant aussi attendre. En fait non, Léopoldine HH nous fait entendre ce qui précédât cette création, une conversation où il est question de cette proposition, quels costumes mettre pour ce faire (ou à poil, comme le suggère Vincent Dedienne ?), des Tuileries, de la Cour d’honneur d’Avignon et de ses trompettes, nous y voilà, et l’on regrette visiblement de ne pas les entendre ici et qui en jetterai un max. Qu’importe, un spectateur obligeant se propose, empoigne la dite trompette et, tatata tataaaa… Après tout le Festival Paris l’été n’a rien à envier à son aîné le Festival d’Avignon, In ou Off. Voilà qui est dit.
Donc et sur cet air de trompette tant rabâché, les voilà qui entrent, Camille Chamoux et Vincent Dedienne. Et chacun devant son pupitre de nous raconter la vie de tournée, huit jours à traverser la France, chacun de son côté, de théâtres en théâtres, subventionnés ou pas ( ce qui a son importance), de villes en villages. Une correspondance épistolaire quotidienne, par texto, où chacun répond à l’autre, partage cette expérience singulière que peut être une tournée et ses aléas. Qui ne pourrait se résumer à « dormir, bouffer et scroller sur son portable » comme le résume lapidairement Vincent Dedienne. Car au fil des confidences, souvent nocturnes, c’est de l’appréhension d’un métier dont il est question, avec toujours le trac en bandoulière, cette étrange expérience qu’être sur une scène, de la rencontre singulière et fragile avec un public, salle pleine ou pas, un public enthousiaste ou indifférent, d’abonnés si redoutés, des spectateurs qui peinent parfois à vous exprimer, après le spectacles, ses sentiments, les bredouillant avec maladresse avinée. Et paradoxalement, malgré ce public, de cette solitude en sautoir qui vous accompagne, de loges ou traînent toujours une affiche de François Morel, ou d’Annie Girardot aux dédicaces trahissant l’humeur d’un jour, en chambre d’hôtel, Formule 1 le plus souvent. On goûte là des spécialités locales – ah, le sablé tartiné de rillettes et trempé dans le café ! –, on est ébloui ici d’un coucher de soleil… Mais toutes les villes se ressemblent quand on s’ennuie. Nos deux humoristes font tomber le masque et, derrière l’humour caustique, révèle une sensibilité à fleur de peau, une fragilité qu’on ne soupçonnait pas, que révèle et favorise la solitude et la fatigue d’après spectacle et les nuits qui s’égrenent. Et ces confidences délicates, merveille d’écriture pointue qui ne se résout pas aux textos lapidaires ordinaires, aux émoji, trahissant les doutes qui vous assaillent, les triomphes modestes et fragiles, la fatigue ou le découragement qui vient et que l’on tient à distance, parce que le show doit continuer, le quand même ! de la Divine Sarah Bernhardt, ces confidences partagées vous touchent de ce qu’elles révèlent de la vulnérabilité des artistes quand le rideau est tombé et qu’ils se retrouvent face à eux-mêmes, débarbouillés de leur rôle ou du personnage public qu’ils sont devenus, image trouble et toujours trompeuses. On y chante aussi, Léopoldine HH n’étant pas une potiche en robe de satin vert (ça, pour faire référence au préambule du spectacle) mais une pianiste de talent qui ne fait pas qu’accompagner ces deux diaristes, elle chante aussi et ponctue ces confidences de commentaires cocasses, petites bulles humoristiques, virgules drolatiques qui éclairent les propos, recontextualisent les références citées oublieuses des nouvelles générations (qui se souvient ou connait Thierry Le luron ou l’UMP ?). Et puisqu’il est question aussi des Tuileries, parce qu’il n’y a pas qu’Avignon – enfonçons le clou – et qu’en toute logique tout finit par des chansons, merveille que d’avoir exhumé le poème de Victor Hugo, Les tuileries, mise en chanson par l’indomptable et regrettée Colette Magny.

8 soirs par semaine, une idée originale de Vincent Dedienne
Texte, mise en scène et interprétation : Camille Chamoux, Vincent Dedienne et Léopoldine HH
Adaptation musicale : Léopoldine HH, d’après les textes d’Anne Sylvestre
Photos : © Christophe Martin
Vu le 16 juillet
Durée 1h15
Jardin des Tuileries
75001 Paris
Programmation Festival Paris l’été : www.parislete.fr
Réservation : 01 44 94 98 00

