30 ans d’amour, c’est l’amour fou entre Marcel Bozonnet et la Princesse de Clèves, il l’a dans la peau, la traverse depuis sa création en 1995, joue tous les personnages avec sa fraise et son pourpoint Henri II, Mademoiselle de Chartres – future Princesse de Clèves – le duc de Nemours, Madame de Chartres, le Prince de Clèves, dans la tradition des conteurs. Il se donne la réplique dans un art consommé du contrepoint, de la prosodie cadencée sur une chorégraphie du menuet. Fidéle à l’esprit du roman nourri des effets intimes d’un regard échangé, d’un geste surpris, d’une parole entendue et où il ne se passe pas grand-chose, le comédien fait confiance à l’imaginaire de son public, aimanté par son jeu aux formes serpentines, aux pauses suspendues, aux affleurements baroques. Et la princesse apparait dans son mystère, sa grâce et son dénuement.
Il tire sa révérence en fond de scène, dos au public, face à un mur brut, s’en détachant dans un ultime adieu au monde presque maniériste, à l’image des peintres italiens.
La phrase est sculptée jusqu’à la moindre syllabe « La blancheur de son teint / et ses cheveux blonds / lui donnait un éclat / que l’on n’a jamais vu / qu’à elle ». On ferme les yeux face à la pureté d’un geste musical autant que théâtral dans la tradition courtoise. Les jeux de lumière font office de respiration, l’obscurité est presque totale lors d’une promenade nocturne, et un bain de lumière éclaire l’ultime rencontre entre le duc de Nemours et la princesse.
Mélodie du grand renoncement à l’amour, dans une société du paraitre où l’on étouffe de bienséance, la princesse de Clèves ne cesse de nous parler. La vôtre, Monsieur Bozonnet, a l’intensité des émotions vives et la retenue qui sied aux grandes douleurs, une emphase sans enflure, une préciosité sans artifices dans l’exaltation du désir et la dévotion envers le devoir : un moment de beauté en ces temps de populisme anti culturel.

La Princesse de Clèves, d’après Madame de La Fayette
Adaptation : Alain Zaepffel
Mise en scène et interprétation : Marcel Bozonnet
Chorégraphie : Caroline Marcadé
Création costumes : Patrice Cauchetier
Création lumières : Joël Hourbeigt
Photo : © Pascal Gély
jusqu’au samedi 18 avril à 20h, le dimanche à 16h
Durée : 1h20
Théâtre du Soleil
2 rte du Champ de manœuvre
75 012 Paris
Tournée :
16 juillet 2026, Théâtre de l’Espoir / Présence Pasteur (Avignon)
10 novembre 2026, Théâtre Piccolo (Châlons-sur-Saône)
17 et 18 novembre 2026, Théâtre Saint-Louis (Pau)
du 26 au 30 janvier 2027, Théâtre des Bernardines (Marseille)

