Nage libre, nous fait plonger, si l’on peut dire, à Vienne, autour de trois nageuses Autrichiennes, membre du très célèbre Club Hakoah, club sportif juif fondé en 1909, axé vers la natation et le football principalement et dissous par les nazis en 1938, peu après l’Anschluss. Le club a été rouvert le 12 mars 2008 à Tel Aviv et se nomme désormais Hakoah Amidar Ramat Gan. Hakoah signifie la force, le courage. Le club avait refusé de participer aux Jeux Olympiques qui eurent lieu à Berlin, en août 1936. Toutes les installations du Club Hakoah furent alors confisquées, tous ses palmarès effacés. Celles et ceux qui y travaillaient ou participaient aux échanges sportifs furent assassinés ou déportés, et certains réussirent à s’enfuir, à s’exiler.

C’est le cas de ces trois femmes devant nous, auxquelles la ville de Vienne veut rendre leurs médailles. Hannah vit à Buenos-Aires, Rachel à New-York et Esther en Israël. Elles ne se sont pas revues depuis presque soixante ans, refont connaissance. Les jeunes sportives sont entre temps devenues de superbes vieilles dames, toujours marquées, plus ou moins, par l’importance qu’a pu avoir le sport, l’émigration, sur elles. Octogénaires ou presque, leur lien est resté aussi fort, elles font comme un gigantesque bond en arrière et se retrouvent gamines victorieuses et sportives. Elles viennent reprendre leurs médailles, grand moment pour elles trois.

Nage libre est un moment chargé de surprises, de souvenirs et d’éclats de rire. L’humour, et la magie si l’on peut dire, sont très présents. Elles sont reçues par Monsieur Lust, directeur du Cabaret l’Enfer (crée en 1906 puis fermé en 1937, avant d’ouvrir de nouveau ses portes) et conseiller municipal, surprenant parce qu’on ne sait pas vraiment s’il est « vrai ou faux »… Le diable en personne ? Les questions se multiplient, fredonnant un allez savoir, un juste ou faux, bon ou mauvais. Nage libre est un univers surprenant avec trois vieilles dames, trois vieilles championnes de natation qui se retrouvent, en robe de soirée, pour un moment si important pour elles. Que va-t-il se passer ? Le présent, les échanges se multiplient et le passé assomme, ici ou là, fier de lui. Hannah, Rachel et Esther luttent. Vienne juste d’avant-guerre fait des longueurs, le cabaret dans lequel tout se passe est vraiment mystérieux, essence d’un hier sur lequel des images vont et viennent, victoires des nageuses, nuits folles des années trente, applaudissements, discours menaçants. Hier et aujourd’hui tout proches. Ces quatre personnages, les nageuses et ce politicien luciférien ou non, laissent penser d’abord à une comédie, pas très légère, certes, mais sans véritable force. Et très vite, les spectateurs sont emportés, touchés, sentant toute la puissance que chacun et chacunes, ces quatre, là, déposent dans Nage libre. Le souvenir d’un sujet si fort, avec cependant du rire, de la légèreté. Comment s’attendre à un tel mélange, comment s’attendre à une telle réussite ? Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve surprennent. Parfois glissent et manquent. Et alors ? Une union parfaite se ressent entre eux, la simplicité mêle passé et présent, le souvenir est là, de temps en temps en yiddish, en espagnol, en anglais ou allemand. Difficile de devoir s’en aller après les applaudissements, pas envie de quitter ce « cabaret ».    

Nage libre,Texte et mise en scène de Lisa Wurmser

Musique originale : Éric Slabiak Musiciens bande originale : Éric Slabiak, Yuri Shraibman, Ivica Bogdanic Chanteuse film : Yzoula Son : Stéphanie Gibert Costumes : Marie Pawlotsky Scénographie : Floriane Benetti Dramaturgie : Daniel Berlioux Chant : Anne Fischer Chorégraphie : Gilles Nicolas Lumière, direction technique : Philippe Sazerat Création vidéo : Mathias Cloos Production : Théâtre de la Véranda Coproduction : Comédie de Picardie

Avec : Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes, Nicolas Struve

Avec le soutien de : La Fondation pour la Mémoire de la Shoah, La Maison des Arts de Thonon-les-Bains, Théâtre Roger Lafaille de Chennevières-sur-Marne Remerciements : Musée juif de Vienne (photos), La Maison du Yiddish, Zadigproductions (archives), Yaron Zilberman (réalisateur), Paul Rosenberg et Félicie Roblin

© Photos de Ludo Leleu

Du 23 avril au 31 mai 2026 (Du jeudi au samedi à 19h, dimanche à 17h, relâches les 21 et 22 mai) Durée : 1h20

Studio Héberthot 78bis, bd des Batignolles, 75017 Paris

Réservation : 01 42 93 13 04 www.studiohebertot.com