Comment représenter le corps handicapé et lesbien qui ne soit pas réduit à la vision validiste dominante mais participe de la réappropriation de soi et par l’art de la réinvention de soi ? Trouver sa légitimité dans l’art qui ne soit pas considéré comme thérapie mais bien un geste artistique où le handicap devient un champs exploratoire et créatif, une expérience qui ouvre sur un imaginaire fécond et une narration qui échappe au discours validiste dominant ? En s’emparant de figures mythiques, ici Eurydice et Orphée, No Anger s’approprie une représentation qui a priori lui serait refusée. Mais la monstration de son corps « en l’état », c’est l’affirmation de sa légitimité à être une artiste sans que lui soit accolée systématiquement cet épithète « malgré son handicap », qu’elle biffe avec raison. Le handicap s’il participe de son identité artistique c’est bien et uniquement dans l’exploration de ses possibles et de l’expérience vécue et retravaillée, non dans la représentation d’un discours validiste et hétérosexuel réducteur et discriminant. Comme Monique Wittig ou Claude Cahun, dont l’influence est affirmée, lesbiennes se réinventant un corps, la première par l’écriture et la seconde par la photographie, où le corps lesbien devient littéraire ou photographique, No Anger, handicapée et lesbienne donc, fait de son corps hors-norme et de son parcours matière pour une nouvelle identité artistique échappant aux normes d’un langage dominant hétero-validiste envers les minorités qu’elle dénonce de fait. Dans cette performance qui se refuse au spectaculaire, au sensationnalisme, d’une radicale simplicité, qui nous rappelle que la danse est avant tout présence, Eurydice sort de l’ombre mais retourne aux enfers par le regard qu’on lui porte. Orphée pouvant résumer l’impensé qui accompagne ce regard, le non-dit d’un rejet inconscient, une vison médicale plus que sociale, inclusive, du handicap. Ainsi cette création ne peut se comprendre qu’en regard de la vidéo qui l’accompagne, Barbie dans un bunker, qui n’exprime rien d’autre que cet acharnement thérapeutique, cette vision médicale du handicap, et la violence qui l’accompagne où le corps handicapé assujetti à l’institution devient un objet qu’il faut guérir et rééduquer. C’est par le refus de cette dépossession du corps, de soi que No Anger se transpose sur des figures mythiques pour se raconter, comme autant de fragments d’une identité qui échappe aux regards validistes mais participent pourtant d’un récit commun.

In search of my body, une performance de No Anger

Conception et réalisation : No Anger

Musique : Vincent Dupuis

Montage : Lucie Brux

Coréalisation – Narcisse : Marine Relinger

Conception de l’installation – Barbie dans un bunker : Marguerite Maréchal

Vu le 16/04/2026

Dans le cadre de plan D

CN D x Palais de Tokyo

13 Av. du Président Wilson, 75116 Paris

https://palaisdetokyo.com

ps : Une autre vidéo accompagnait cette performance, Narcisse, toujours en liaison avec In search of my body mais que nous n’avons pu voir pour des raisons indépendantes de notre volonté.