Défoncé est, comment dire, davantage une histoire vraie qu’une pièce de théâtre, François Creton, sur scène, s’inspire d’un texte autobiographique qu’il a écrit, Fuck off les années 80, dont le titre est peut-être un peu moins direct que celui de ce spectacle présenté au Théâtre de Belleville, et que Marie Desgrange, présente également sur scène comme sorte de soutien, second personnage, celle qui écoute cette longue histoire a adapté et mis en scène. François Creton va nous raconter les années sombres qu’il a traversé, depuis une enfance complexe et une adolescence dans laquelle came et prostitution vont débarquer, jusqu’à un aujourd’hui où sauvegarde et sérénité sont enfin là.

Un tel sujet peut évidemment laisser un peu dubitatif. On en a entendu parler de mille façons différentes, et là, un homme qui va développer devant nous sa propre histoire, d’après un texte qu’il a écrit… On peut s’attendre à une version « Caressez-moi dans le sens du poil et louez-moi ? » avec ce titre puissant et clair, Défoncé, qui, en fait, ne vole pas un instant sa puissance. François Creton et Marie Desgrange sont sur une scène presque vide, un peu de lumière, un écran et pas grand-chose d’autre. Et hop, François Creton raconte une enfance plus que complexe où heureusement une nourrice magique est là, parce que les parents sont invisibles mais le sombre, la tentation de l’enfer débarque très tôt. Avant l’adolescence drogue, prostitution, viols et silence. Une vie qui glisse vers le bas à grande allure. Cet homme aux tatouages véritables, ceux d’avant la mode, parle avec nous, la salle n’est parfois pas dans le noir complet. La vérité est là aussi, gigantesque. François Creton continue, ne cache rien, la puissance du Rock’n’roll, il partage la musique, sa guitare est là, avec Les Rolling Stones ou Nico et The Velvet Underground par exemple. Pergolèse et Stabat Mater aussi, eux emballant certains souvenirs, et provenant de l’ordinateur de Marie Desgrange, la bonne âme ou plus, qui écoute tout, pose quelques questions, permet d’avancer.

Il ne faut cependant pas imaginer une soirée ayant épousé le fond d’un puit sombre et sinistre. Non, loin de là. François Creton est sincère, il raconte ce qu’il a vécu, traversé, les mots sont présents, ne se dissimulent pas, le vrai est sur scène. Mais Creton accompagne tout cela d’une joie de vivre indissimulable. L’humour parsème tout ce récit, comme une sorte de bouée ? Il fonctionne en tout cas, rapproche la scène et la salle. Défoncé donne un exemple de ce que sont ces descentes qui peuvent paraître si « faciles ». L’alcool, la drogue, les mensonges de fêtes assourdissantes, aveuglantes, au propre et au figuré. Meurtrières parfois. La difficulté de s’en sortir, même si la décision est prise et que tout se casse la gueule. Tout recommence, ambulances, flics, doutes et peurs immenses, indéchiffrables parfois. Et là, sur scène, un homme qui certes semble marqué, ombre curieuse au loin dans le regard, mais un homme qui a décidé de tout raconter, dans une belle lumière pour qu’on l’écoute jusqu’au bout, un homme qui nous montre comment sa vie est revenue, et pas sur un simple claquement de doigts. Un homme qui remercie, qui fait réfléchir sur tous les sens de ce terme, « défoncé ». Coup de poing géant dans une vie qui peut se remettre en route, se relever. Ce récit est courageux, tout autant que l’idée de l’avoir mis en scène. Le doute s’est effacé, vérité, humour, douleur et joie de vivre lui ont fait la peau.   

© Jérémie Levy

Défoncé, récit de François Créton

Adaptation et mise en scène : Marie Desgranges

Avec François Créton et Marie Desgranges

Conseils : Véronique Felenbok

Collaboration artistique : Matthias Girbig

Conception lumières : Madeleine Campa

Directrice de production : Véronique Felenbok

Chargée de production : Lucile Lambert

Chargée de diffusion : Chloé Cassaing

Du 3 au 31 mai 2026

Durée : 1h15

Théâtre de Belleville 16 Passage Piver 75011 Paris

Réservations : 01 48 06 72 34    reservations@theatredebelleville.com                           www.theatredebelleville.com