Le silence de Claire Lagrange est un spectacle créé en novembre dernier à Bruxelles, écrit et mis en scène par Céline Delbecq et qui sera au Festival d’Avignon cet été. Nous y sommes face à Claire Lagrange, une brillante et jolie jeune femme de 25 ans, thésarde, mais qui d’un seul coup vacille, se débranche pourrait-on dire, tombe dans une sorte de dépression étrange qui l’entraîne dans un établissement psychiatrique où lui est infligé un très lourd traitement. Elle est comme effacée, passe ses journées à peindre à la gouache, lentement, plongée dans un ailleurs qui dépasse aussi un peu deux autres pensionnaires, Jean et Silvia, qui tentent d’imaginer et partagent mille raisons à tout cela, en regardant Claire de loin, de dos. Sa mère, Madame Lagrange, vient lui rendre visite régulièrement, se sentant perdue et dépassée.

Seulement deux femmes sont sur scène, Céline Delbecq, qui donne vie à tous les personnages, et, jouant aux Playmobil, Isabelle Darras ou Louison De Leu en alternance, qui nous offre une sorte de pièce-bis : les mini personnages se déplacent, sont multiples, devant un décor scène de théâtre façon boîte à chaussures, dont le jeu plastique apparaît sur un grand écran en « fond de scène ». Ces Playmobil servent d’ordinaire à Céline Delbecq à « construire » sa mise en scène, pour établir au mieux le futur rapport des personnages à l’espace. Pour Le silence de Claire Lagrange,elle a voulu faire entrer sur scène cette vision réduite de son histoire. Souvent, elle nous tourne le dos, les Playmobil nous faisant face.

Le sujet de la dérive psychiatrique et de ces traitements est très intéressant et Le silence de Claire Lagrange a demandé presque cinq ans à Céline Delbecq pour aboutir, mieux s’approcher de ce sujet, pour en rendre au mieux l’esprit, savoir faire apparaître tous ces personnages, s’aidant aussi d’une résidence qu’elle a pu réaliser à l’hôpital psychiatrique de Malévoz, en Suisse. Elle a mis en avant toutes les craintes, les peurs qu’un délire peut entraîner, avec la réaction de certaines familles, cherchant à se rassurer en laissant plonger leurs proches dans des traitements se transformant en véritable « débranchement » de l’identité déjà troublée du patient… Plutôt que de se perdre à son tour dans les aléas de la recherche d’une éventuelle avancée. Assommer plutôt que d’être soi-même assommé ?

Le jeu est excellent, c’est peut-être la mise en scène qui crée un véritable problème. Tout d’abord les Playmobil : ils nous emportent et nous amusent. Est-ce vraiment ce qu’on attend d’eux ? Leur utilisation dévie le regard, on valse de la comédienne aux images filmées des figurines. Où regarder ? On va, on vient, on glisse et on s’emberlificote dans ces univers trop proches et éloignés à la fois. L’utilisation qu’en a Céline Delbecq pour la création d’un spectacle est intéressante mais le spectateur a-t-il besoin de tout ça ? S’en sort-il correctement ?

© Alice Piemme

Un autre souci est la sensation d’écrasement que donne le rythme dans lequel est offert le texte. Il doit être passionnant mais on le voit transformé en une sorte d’autoroute, privée du moindre parking repos. Les personnages échangent à vitesse grand V, les voix viennent toutes de la même comédienne et très rapidement, c’est le cas de le dire, on s’y prend les pieds. Céline Delbecq souhaitait s’approcher au plus près du thème de cette pièce : « Je ne joue pas, j’essaie de faire entendre » dit-elle. Un petit pas hors de la scène n’aurait pas été une idée complètement farfelue. Écrire et mettre en scène une pièce que l’on joue à côté de Playmobil perturbateurs rend les spectateurs bons à être enfermés eux aussi. Multiplicité, extrême vitesse, pas le plus petit espace de respiration, n’est-ce pas beaucoup demander ? Quelques petits sujets sont évoqués et on se demande ce qu’ils viennent faire là, quelle est leur utilité pour un tel sujet. Le silence de Claire Lagrange, à la très bonne scénographie, à la vidéo vivante, aurait pu réclamer à Céline Delbecq une pause-sécateur dans son texte. Un peu de silence ? Ou bien un large pas en arrière pour qu’elle puisse aussi se mettre à la place du spectateur. Auteur-metteur en scène et interprète-spectateur, pourquoi pas ?

Le silence de Claire Lagrange, écrit et mis en scène par Céline Delbecq

Avec Isabelle Darras et Louison De Leu (en alternance) et Céline Delbecq

Scénographie : Ronald Beurms
                                                

Création sonore : Pierre Kissling


Création lumière : Jérôme Dejean                                                                      

Création vidéo : Alice Piemme
                                                                          

Création technique : Aurélie Perret
                                                                      

Régie générale : Sébastien Destrait
                                                             

Costumes : Élise Abraham
                                                                                         

Regard dramaturgique : Christian Giriat
                                              

Collaboration à la mise en scène : Jessica Gazon
                                  

Assistante à la mise en scène : Amber Kemp
                                            

Doublure plateau en répétition : Aude Van Dam
                                              

Conseil voix : Émilie Maquest
                                                                              

Conseils dramaturgiques : Christian Giriat, Rita Freda
                                          

Régie en tournée (en alternance) : Aude Dierkens, Sébastien Destrait, Mathieu Libion, Zacharie Viseur


Du 04 au 25 juillet 2026

Théâtre des Doms (Festival d’Avignon Off)

1bis, rue des Escaliers Sainte-Anne

84000 Avignon

04 90 14 07 99

accueil@lesdoms.eu

Maison poème 

30, rue d’Écosse, 1060 Saint-Gilles

Bruxelles, Belgique

www.maisonpoeme.be

Le silence de Claire Lagrange, Céline Delbecq, Éditions Lansman, 2025