Avec Silvia Gribaudi, ce qui est bien, c’est qu’on se fout de la virtuosité. Nous somme bien au-dessus- de ça. Ce qui est en jeu, là, ce qui est urgent, c’est le plaisir tout simple de danser et de communiquer ça, cette énergie d’enfer qui traverse le plateau jusque la salle. Et de se moquer joyeusement des canons et des regards, imposer son corps tel qui l’est, non formaté et se refusant à toute injonction normative, celui d’une femme de plus de cinquante ans et qui assume crânement, ne s’excuse pas d’être. Elle n’a que faire du regard inévitable porté sur ce corps replets et de ce qu’elle donne, à fond et en toute liberté, jusqu’aux limites du possible, sur le plateau. Silvia Gribaudi à de l’humour à revendre, une (auto)dérision salutaire, et surtout elle instaure avec le public un vrai dialogue et une relation unique, lequel embarqué fissa dans cette performance devient un partenaire qui consent volontiers à l’accompagner jusqu’à lui souffler une chorégraphie plus ou moins improvisée qu’elle exécute, encore et encore, sans barguigner. Comme elle nous le dit, le regard pétillant, rien de plus beau que de voir une salle en son entier respirer ensemble, respirer avec l’interprète qui sur le plateau doit quand même reprendre sacrement son souffle après une danse explosive de haute-volée qui la voit lever haut la jambe, pirouetter comme une folle et se rouler au sol sans façon. Le cœur bat la chamade et les genoux en prennent un sacré coup mais qu’importe, la plaisir est là de « sentir son corps ».

En short blanc et sweat à capuche ou en culotte et soutien-gorge nude, au final en tutu de gaze blanche, qu’elle danse donc, fasse des claquettes, se jette dans le public, chante l’Ave Maria, se joue de ses bourrelets, le procédé est le même, embarquer un public hilare, mais respectueux, qui devant cette performance décorsetée de toutes règles, affranchie des codes ordinaires de la danse, le corps en avant et jubilant, ce sent autorisé au final faire de même, du moins à se dire que lui aussi il peut, il pourrait. Légitimement. Et qu’importe alors comment on est foutu, qu’importe l’âge de ses artères, ses douleurs, Silvia Gribaudi ouvre grand la danse à chacun, libéré enfin par elle de ses complexes et des jugements rébarbatifs. Surtout, tout en restant cloué sur son siège et quoique atteint progressivement de bougeotte, il devient partie intégrante d’une performance qu’on ne peut dès lors appeler solo mais assurément collective. Un chœur qui bat à l’unisson d’une interprète, accompagnant son rire, dont les performances appliquent à la lettre ce que Pina Bausch exprimait avec justesse : « dansez, dansez sinon nous sommes perdus. »

Suspended Chorus, conception, mise en scène et chorégraphie de Silvia Gribaudi

Co-réalisation : Matteo Malfesanti

Assistant chorégraphique : Andréa Rampazzo

Consultante en dramaturgie : Annette Van Zwoll

Collaboration artistique : Camilla Guarino, Giuseppe Comuniello

Photo : © Andrea Macchia

Avec : Silvia Gribaudi

18, 19 et 23 mai 2026

A 20h, 18h le samedi

Théâtre de la Ville-Les Abbesses

31 rue des Abbesses

75018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com