La représentation pourrait avoir lieu dans des espaces ouverts, forêt, jardin, place, parking, mais aussi dans une salle ou un hall de théâtre, c’est du théâtre forum à l’ancienne avec masques, perruques et faux nez, qui se moque du quatrième mur. On assiste en direct à l’enregistrement d’une émission de critique culturelle dans un village, supervisée par un réalisateur, Igor, assis au fond de la salle. Le dispositif montre l’envers du décor, cinq critiques amateurs s’interrompent, s’engueulent et ces foutages de gueules qui semblent improvisés, disent beaucoup des séismes suscités par l’art dans nos vies médiocres, autant que la lecture des antisèches préparées par les néophytes qui veulent bien faire, avoir les tournures de phrases correctes, soucieux de donner une bonne image d’eux.

On rit de ces hurluberlus gauches, sans filtres, bruts de décoffrage ; ils n’ont pas les codes, aucune distance parfois et s’identifient passionnément ou rejettent avec des moments sublimes ; ils vivent passionnément l’expérience directe du spectateur et se préoccupe moins de l’auteur, il ne s’agit pas « de découvrir une œuvre, comme disait Roland Barthes, mais de la couvrir de son propre langage » de ses projections, peurs et désirs.

On voit les comédiens de dos au départ et brusquement ils se retournent dans une mise à nu qui nous ferait presque baisser les yeux. Derrière le masque, l’âme du personnage affleure intensément, les automatismes habituels des acteurs disparaissent. Il y a David, l’animateur et ancien prof, Hugues le réparateur de vélos aux prises avec des pulsions violentes, Joséphine, une adolescente timide au parcours cabossé, qui se révèlera d’une grande finesse d’observation, Nadine, ex fleuriste reconvertie en galeriste, malheureuse en amour et enfin Jacquot, restaurateur qui refuse le lynchage des auteurs ayant eu lui-même à subir l’ire du Gault et Millau pour « soufflé dégueulasse ».

© Rebecka Oftedal 

Qu’est-ce que l’art ? il y a des œuvres qui nous ont sauvés, transformés, pourquoi ? Alors qu’une critique est subjective par définition, qu’est ce qui rend les créateurs si vulnérables ?  

Igor Menjisky n’épingle pas  les critiques, il met en avant le rapport au public,  les angoisses du spectateur, les moments où ce dernier se demande ce qu’il fait là, le sentiment d’être tout petit face à un roman, un film, la solitude quand on retrouve son quotidien ; il  réhabilite la curiosité, l’envie de s’ouvrir à l’art, aux autres et son spectacle ressemble aux auto-tamponneuses qui s’entrechoquent pour finalement se rassembler, chacun livrera in fine sa vérité, sa définition de l’art et après tout en quoi ces impressions auraient moins de valeur que les exégèses des professionnels ?  Si les critiques avancent parfois masqués, les masques, eux, se dévoilent… écoutez-les, regardez-les !

                                           

Notre humble avis, dIgor Menjisky

Mise en scène : Igor Menjisky

Masques : Etienne Champion

Lumière : Mitzi Lowy

Avec, en alternance, Sylvain Debry, Angélique Flaugère, Ophélia, Kolb, Igor Menjisky, Quentin Raymond, Thomas Roy, Adèle Wahl

Durée : 1h10

Jusqu’au 6 juin 2026 à 20h30

Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet

4 square de l’Opéra

75009 Paris

Réservations : 01 53 05 19 19

www.athenee-theatre.com

Tournée :

Du 04 au 23 juillet 2026, Festival Off Avignon, Théâtre du Train Bleu à 22h25