Autant le dévoiler tout de suite, car le résumé du spectacle n’en fait pas mystère : le « jardin » de la pièce écrite par Nicolas di Tullio n’est en rien bucolique. Il serait plutôt effroyable. Très rapidement en effet, le personnage, fondé sur les propres souvenirs de l’auteur, raconte, en termes précis et terribles, ce qui lui est arrivé, quand il était petit garçon, au fond de ce jardin familial. Cela est tristement commun, et toujours aussi insupportable. L’enfant a subi des « attentats à la pudeur », des « attouchements »,  des « abus », des actes que l’on a longtemps peiné à nommer proprement, et que l’on qualifie aujourd’hui de violences sexuelles, les coupables de ces crimes ayant désormais perdu le qualificatif honteux et trompeur de « pédophiles » pour se voir appelés de ce qu’ils sont, des « pédocriminels », c’est-à-dire des gens qui commettent des crimes sur des enfants.

Une fois cela dit, rien n’a été dit. Sur un tel sujet, il serait facile de jouer la carte du sensationnalisme obscène, du gênant pathétique, d’autant que la pièce est autobiographique. Il n’en est rien ici, déjà parce que le spectacle adopte un dispositif d’une grande honnêteté. Ce qui a sauvé en effet ce petit garçon blessé, au terme de multiples tribulations, c’est le théâtre, et, dans les faits, ce spectacle qui nous est donné à voir. Côté Jardin suit donc une ligne très claire. La pièce raconte l’histoire d’une résilience (le mot est aussi à la mode) ou, de façon plus universelle, d’une rédemption par le théâtre.

© Mathilde Gardel

Nicolas di Tullio, l’auteur, joue dans le spectacle. Mais il a eu l’extrême intelligence d’offrir « son » rôle à un autre comédien, à qui il a donné son histoire, pour qu’il l’incarne à distance. Il lui confie sa part honteuse, et le comédien sait la transformer en or. La « bonne » distance, le très délicat Freddy Viau sait en effet la trouver. C’est un plaisir que de voir ce solide routier du théâtre, connu aussi pour ses mises en scène et le tendre accompagnement de spectacles divers, jouer ce personnage, du… ventre de sa mère à l’âge adulte. Il est soutenu en cela par la très fine mise en scène d’Ariane Gardel, qui sait habiller le dépouillement du plateau d’idées fortes. Les vêtements successifs du personnage situent les âges. Un escabeau, deux tabourets et une seule sortie, presque invisible, sont les seuls accessoires de jeu du duo. Nicolas di Tullio, l’auteur, s’est en effet réservé le rôle du faire-valoir. Il incarne tous les autres personnages de la pièce, mettant son corps burlesque au service de contrepoints comiques et émouvants qui sont autant de respirations bienvenues.

© Mathilde Gardel

Côté Jardin,deNicolas di Tullio

Mise en scène : Ariane Gardel

Décor : Pietro Gardel

Costumes : Perrine Ritter

Création sonore et musique : Ulysse Darmon et Nicolas di Tullio

Lumières : James Groguelin

Avec : Freddy Viau et Nicolas di Tullio

Durée du spectacle : 1 h 10

Le spectacle comprend la description de violences sexuelles.

Représentations supplémentaires les 13, 20 et 26 juin 2026 à 19h00, avant reprise en septembre au Théâtre de la Huchette.

Théâtre Essaïon

6, rue Pierre-au-Lard

(à l’angle du 24, rue du Renard)

75004 Paris

T+01 42 78 46 42

www.essaion-theatre.com