Comme un vertige… © Philippe Cibille
Chaque année, à Châlons-en-Champagne, a lieu le Festival Furies, qui fête cette saison sa 37e édition. C’est un festival de cirque et des arts de la rue qui s’installe sous chapiteaux, ailleurs en salles ou directement dans la rue, en centre-ville, pas loin de deux églises faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO ou dans des quartiers un peu plus éloignés. Châlons-en-Champagne du 2 au 6 juin se transforme donc légèrement, ses rues se chargeant de visiteurs. Tout d’abord des gamins plus que joyeux et remuants, ayant surtout souligné en rouge le mot « cirque ». Apparaissent ensuite ceux qui n’ont pas effacé du titre les « arts de la rue », un public un peu plus âgé, certes, mais tout aussi curieux, courant presque autant, même s’il se demande plus sagement ce que peuvent contenir comme mystères, surprises et joies de toutes sortes ces fameux « arts de la rue ». Un peu de rouge partout, donc, les affiches Furies se multiplient et de mini spectacles sont annoncés, ici ou là. Notons qu’il vaut parfois mieux être Châlonnais pour retrouver son chemin et ne pas manquer le début de ce que l’on recherche…
Ces moments Furies peuvent vous présenter, par exemple dans Miror, créé et interprété par Paul Cretin-Sombardier, une sorte de chevalier cuirassé, paumé entre les époques avec son sac de voyage, qui nous donne une petite idée de la façon dont on enfile une armure, dans une sorte de magie jongleuse qui trompe les pistes. Et puis… on peut porter un jean’s sous une armure ! Ce chevalier berce une de ses jambes, se crée des cornes ou un fusil d’assaut avec des petits morceaux de ladite armure, se débrouille pour découvrir les joies du barbecue. Un chevalier astucieux s’il en est. Miror a tout ce qu’il faut pour amuser les enfants. Surtout les grands comprennent enfin comment on peut enfiler une armure, un mystère est enfin résolu !

© Miror, Loïc Nys
Comme un vertige est une création 2026, conçue et mise en scène par Guillaume Clayssen. On y voit un conférencier-philosophe un peu déjanté – notons ici que Guillaume Clayssen est agrégé de philosophie – souligner notre condition et nous demander pourquoi nous ne faisons rien tout en voyant notre maison en flammes. Trois jeunes artistes de cirque tournent autour de lui, offrant à son discours remuant de surprenantes images qui soulignent notre déni écologique. Comme un vertige propose de nouvelles façons d’habiter la Terre pour tenter d’éviter les catastrophes. Amusant, à tous les points de vue !

© Comme un vertige, Antoine Michelet
Eddy, est un solo chorégraphique de Clémentine Bart, sur une composition musicale d’Ezio Bosso. Tout est né des suites de rencontres avec des gens vivants dans la rue, et dont nous entendons la voix en bande sonore. Eddy a la soixantaine et vit depuis vingt ans dans la rue, une femme raconte ses accouchements dehors… Le respect inexistant face à ses gens, les problèmes d’hygiène, la confiance qui disparaît. Ce solo tente de faire ressentir cette souffrance, ces dangers, tout ce respect inexistant.

© Eddy, Julien Chauvet
Le Cirque du Corbac offre avec Voûte, d’Antonin Cucinotta, Uma Pastor et Marine Robquin, tous trois issus de la promotion 2024 du Centre National des Arts du Cirque (CNAC), comme un souvenir de sa fondation, une sorte de promenade musicale au travers des relations humaines, peurs, souffrances, amour(s) et autres drôleries du genre, entre mât chinois et portés. Encore un « de et avec » qui aurait mérité un petit pas en arrière, un peu plus d’élan pour y gagner suffisamment.

© Voûte, Cirque du Corbac DP
Ce Festival Furies s’étend sur six jours et les petits moments qu’il propose peuvent laisser bouche bée. Par contre il s’agira parfois d’un événement créé de A à Z par une seule et même personne, nous laissant supposer que celui qui s’est occupé de la lumière, connaît également très bien la musique, sachant avant tout jouer au clown ou bien grimper le long d’une longue tige métallique en chantant et connaissant les aléas de la mise en scène. Donc l’ennui sait s’étendre. Un mouvement, trois mots vont être répétés et nous devrons y reconnaître mille éléments philosophiques ou « économico-circassiens » sous chapiteau. Ces mots peuvent sortir seuls, comprenne qui pourra, et les mouvements suivront, tôt ou tard, et si, si, le lien est clair et net, promis juré ! Furies est donc un vaste univers, lassant ici, ailleurs époustouflant. Sur les premiers moments découverts, vus du 2 au 4 juin, le domaine du cirque semble l’emporter sur celui du théâtre de rue. À travers le rire ou la surprise, le discours, la dénonciation ou les mains tendues, tous ses artistes montrent qu’en cherchant bien et en bougeant un peu, la vie peut être belle, à cinq mètres du sol ou cachés par une cuvette géante en plastique. Avec Furies beaucoup semble possible, comme une très sympathique chorale de gamins de jeunes enfants, Les p’tits maillots rouges, explorant le temps qui passe.
Festival Furies, du 2 au 6 juin 2026
Festival de cirque et des arts de la rue
51000, Châlons-en-Champagne
www.furies.fr
Avec, entre autres :
Miror
De et avec Antonin Cucinotta, Uma Pastor (mât chinois et portés), Marine Robquin (acrobatie au sol et porté).
Musique : Théo Armengol
Comme un vertige
Avec la participation de trois artistes apprint.es du CFA des arts du cirque de l’Académie Fratellini
Conception et mise en scène : Guillaume Clayssen
Collaboration artistique, regard extérieur : Claire Marx
Conseils : Nabil Wakim, journaliste au Monde, spécialiste des questions énergétiques
Avec : Guillaume Clayssen, Itamar Hai (jongleur), Jonas Pépin (porteur), Prune Gontard (voltigeuse)
Scénographie : Suzanne Barbaud
Création lumière : Julien Crépin
Création sonore : Samuel Mazzotti
Création costumes : Séverine Thiébault
Eddy
Chorégraphie : Clémentine Bart
Composition musicale : Ezio Bosso
Enregistrements témoignages : Clémentine Bart
Avec Clémentine Bart ou Mathilde Rader
Musiques enregistrées : Ezio Bosso, Rain in your black eyes
Voûte
De et avec : Antonin Cucinotta, Uma Pastor (mât-chinois et portés), Marine Robquin (acrobatie au sol et portés)
Musique : Théo Armengol

