Voici réunis par Luc Biecq, journaliste érudit et averti, Vincent Gaillard et Vincent Vilain, ça ne s’invente pas, de sacrés bougres pour un récital de poésies sorties tout droit de l’enfer des bibliothèques. Textes érotiques, voire pornographiques de poètes invertis des XIXème et XXème siècle – plus ou moins car un doute nous habite encore sur l’orientation sexuelle trouble de certains – pour qui l’amour n’est pas un vain mot mais l’expression charnelle d’une réalité crûe, de fantasmes avoués, de désirs assumés, d’amours refoulées, de rencontres furtives et couillues. Entre le mot et la chose, que l’on aime et pratique et l’un et l’une, point de censure, point de métaphore, un cul est un cul, une pine, une pine. S’enculer, sucer être une jouissance certaine, goutée et recherchée. Ce plaisir qu’on dit charnel sentir le foutre et la sueur, parfois même la merde. Dis-moi quel est ton coït, je te dirai qui tu es. C’est dans un même élan orgasmique ici que le corps et la poésie éjaculent.
Qu’on y croise Rimbaud, Verlaine, Radiguet ou Jean Lorrain, soit, rien d’étonnant dirons-nous, mais y trouver Lamartine, Jarry, Apollinaire et même Feydeau et Jules Verne bander de conserve pour le sexe-fort, voilà qui nous en bouche un coin. L’érudition et la curiosité de Luc Biecq est d’y avoir accolé d’autres poètes oubliés, largement inconnus, placardisés comme il se doit. Ange de la Chabaussière, Edmond Haraucourt, Albert Glatigny, Henry Cantel ou encore Constantin Cavatis…L’intelligence du choix opéré pour ce récital priapique est de montrer que, non, même en alexandrin tout n’est pas forcément rose, un sonnet dire combien la vieillesse d’un homosexuel peut être un naufrage, les échanges tarifés révéler une misère sexuelle, le viol une réalité, la répression policière toujours violente…
Mais ce récital est aussi la célébration d’une communauté qui fait fi – idéalement – de la différence de classe, de corps, d’âge qu’un seul et même désir de jouissance rassemble. Que les lieux de rencontres, ces jardins extraordinaires chantés par Trenet, sont aussi des espaces post-coït de fraternité, de liberté (même surveillée) où le coït lui-même, aussi joyeux soit-il, y est parfois accessoire. Et c’est dit, lu, avec une gourmandise certaine et l’œil qui frise mais avec une sobriété de bon aloi par ces deux compères. En ces temps où l’homophobie décomplexée fait un retour fracassant, ce récital où bander pour et avec son semblable est dans l’ensemble une fierté, a, outre son intérêt littéraire certain, une portée indéniablement subversive et politique. A découvrir, absolument.
Vilains Gaillards, récital de poèmes érotiques gays du XIXème et XXème siècle
Conception de Luc Biecq
Avec Vincent Vilain et Vincent Gaillard
Le 11 juin 2025
Chez Olympe
37, rue Hoche
93500 Pantin
Réservations : 01 74 40 02 22
Vilains Gaillard, est publié aux éditions La Musardine.

