Les Bad Biches sonnent le tocsin. Le cabaret est toujours l’écho satirique de son époque où l’extravagance et l’insolence ne sont souvent ou parfois que le reflet d’une inquiétude devant les bouleversements d’un monde, d’une société où le pire est à venir. Pour sa rentrée le cabaret Bad Biches, troupe gender-fluide de comédiens, comédiennes, musiciens, musiciennes, entend gronder ce vent de révolte où la matraque répond aux revendications d’une jeunesse qui ne demandent rien de moins qu’un avenir assuré et serein. Regarde aussi l’ascension qu’on espère résistible d’un parti xénophobe, antisémite, totalitaire sinon fascisant. Voilà donc ce qui traverse ce cabaret qui chante ce soir la révolte et l’espoir de lendemains enchantést devant le désenchantement qui mène aux extrêmes.

Et ça commence fort avec la reprise collective de La Boulette, génération nan nan, de Diam’s, histoire de donner le la de cette soirée engagée. Bref cette rentrée des Bad Biches s’inscrit résolument dans la résistance sans se départir de son humour haut en couleur, de son esprit quelque peu foutraque, humour aussi grinçant et sarcastique soit-il. Classiques revisités pour des paroles ajustées au chaos du monde, Michel Berger ou Jean-Jacques Goldman, Les Rita Mitsuko aussi pour un discret hommage à Catherine Ringer, dont ils ne restent que les mélodies et sur lesquelles nos créatures, Véra et Miss Clit’, greffent leur propre texte empreint de leur sensibilité exacerbée aux évènements et de leur engagement. Pantomime également de Perlimpinpin, où notre avenir ici tient dans une valise qui ne contient que des pastilles Vichy, un uniforme et une petite moustache. Liberté, égalité et culture de simples mots sur un papier vite déchirés. Charlot n’est pas très loin… Cependant que Glory Hagenmoss – poète sensible, hugolien de surcroît – prône un j’menfoutisme avant de reprendre Jeune et con de Damien Saez, fort à propos se dit-on pour qui écoute attentivement ce qui se dit là. Et le public, jeune, de reprendre en chœur ce texte subversif. Plus loin Apollo One, drag king, entre stand-up et chanson rappée crache sa haine des fachos.

Le cabaret est fait de ça qui est dans son ADN, mais il ne serait pas non plus sans la reprise de standard de la chanson française. Constance Palmer, voix de velour et robe noire de circonstance, de celle des chanteuses réalistes, exelle dans cet exercice (« Toi jamais » avec plus de voix que Catherine Deneuve ou encore en hommage à Tim Curry un extrait de l’iconique Rocky Horror Picture Show preuve du coffre de ce chanteur) tandis que la sensuelle Louison du Broca playback Mina (Encora) ou ABBA (The winner takes it all). Il y a quelque chose de touchant dans cette troupe, dans le regard bienveillant qu’ils se portent les uns les autres, ne sortant jamais de scène mais toujours sur le plateau, spectateurs attentifs de leur camarade, parfois touchés, émus ou hilare par leur prestation déjantée, certes, mais où le grain de folie n’empêche jamais un regard aigu et lucide sur l’état du monde comme il va. Pas très fort.

Cabaret Bad Biches, vu le 8 octobre 2026 au Truc du père Lachaise, 17 rue Fernand-Léger, 75020 Paris.

Avec : Louison du Broca, Constance Palmer, Gloria et G10ryh013 Hagenmoss, Véna l’Étincelle, Stella / Perlimpinpin, France Blue, Apollo One

Photo : © Suzy Lagrange

Tournée :

Au Truc du Père Lachaise : 

2/3 décembre 2026

Au Trois Baudets :

21 novembre 2026 Qui a tué Constance Palmer

Bibliothèque Jacqueline de Romilly :

27 novembre 2026

Au Mazette : 

4/11/18 décembre 2026

18/19 février 2027

17/18 juin 2027