Ubu est  mort ? Vive Ubu ! Ubu qui porte, au Théâtre de Paris, une infâme casquette MAGA « Make America Great Again », sature les réseaux sociaux de sa merdre, et alimente le grand barnum médiatique, la machine à décérébrer les gogols dans le bureau ovale ultra connecté de la Maison Blanche. 

Le grand André Marcon, dans le rôle titre, se garde bien d’en rajouter, pourquoi caricaturer des gens naturellement caricaturaux ? Quand le 47e président des États-Unis lance des stylos à la foule des spectateurs lors de son investiture, telle une rock star, annule illico tous les traités de son prédécesseur, bégaie, marmonne et louche face à ses partisans, les paupières tombantes et la bouche ouverte, les bras agités… Cornebidouille, la  réalité dépasse la fiction, quel acteur minable aurait dit Chaplin.

La  brillante mise en scène de Daniel Benoin lorgne vers la télé-réalité avec écran partagé, course poursuite, braquage et cavalcades de bras cassés façon dessins animés. Ubu veut « compoter les moscovites », pour remplir sa  gidouille  (bedaine), après avoir passé à la trappe les nobles, les banquiers et les juges « Le mauvais droit ne vaut-il pas le bon ? ». Quand apparaît Elon Musk (Olivier Sitruk) en tee-shirt de winner, son chiard sur les épaules, le délire parodique d’un Quentin Tarantino n’est pas loin, Tarantino qui qualifiait Donald Trump de « bouffon dangereux ». Actualité numérique oblige, on assassine par visio, comme on téléguide les drones à distance derrière son ordinateur. Ça tire, ça éructe, ça massacre dans une fuite en avant du couple Ubu avec un André Marcon au flegme anglais et au sourire de Dupont la joie, en meneur de revue malicieux. Les scènes s’enchaînent, de plus en plus techniques. Quelle prouesse pour les comédiens ! Si la charge n’a rien perdu de sa force, le texte a un peu vieilli. Les images relancent l’intérêt avec ce beau final de contes et légendes qui voit Ubu, défait, voguer vers Elseneur, patrie de Shakespeare, qu’il n’aurait jamais dû quitter. La fin du roi de Pologne et d’Aragon, comte de Mondragon, comte de Sandomir, marquis de Saint-Grégeois est un naufrage au propre comme au figuré.

Ubu est devenu roi et, hélas, il n’est pas le seul. Ubu Roi nous tend le miroir d’un monde sans barrières ni surmoi, d’un retour à la horde primitive, Jarry n’est-il pas contemporain de Freud ? L’uburisation de la société est là, bienvenue à Ubu News saturant l’égout de l’information de sa merde putride. Sans vision, sans stratégie, sans intelligence politique et totalement incompétent, Ubu laisse derrière lui un pays complètement démantelé. Comment peut-on remettre les clefs du pouvoir à un homme si nul ? En croyant au sauveur providentiel qui règle tout, à méditer pour l’année qui vient.                                       

Ubu Roi , texte d’Alfred Jarry

Mise en scène et adaptation : Daniel Benoin

Vidéo : Paulo Correia

Musique : Clément Althaus

Costumes : Nathalie Bérard-Benoin et Sophie Visentin

Scénographie : Christophe Pitoiset, Daniel Benoin

Lumières : Daniel Benoin

Photos : © Philippe Ducap

Avec André Marcon, Mélanie Page, Astrid Bas, Olivier Sitruk, Maxime Bouterao, Paul Chariéras, Emmanuel Depoix, Benjamin Migneco, Julien Nacache

Durée : 1h 20

Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Théâtre de Paris

15 rue Blanche

75009 Paris

Réservations : www.theatredeparis.com