Je choisis le printemps ? Un bon spectacle à voir au tout début de l’automne, pour garder le moral pourrions-nous dire… C’est aussi un spectacle qui commence avant le début, pendant qu’on s’installe, qu’on laisse un peu de place à notre voisin de droite et qu’on discute encore très fort et sérieusement. Et là, subitement, un homme est sur scène, dans un souple costume sombre. Il ne bouge pas, regarde vers le haut puis éclate de rire en avouant que les conversations peuvent reprendre, il ne fait que s’installer, pas de panique. Puis tout est prêt, alors chut, mais non, impossible, les éclats de rire vont l’emporter.

Jean-Frédéric Lemoues, a été formé au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique-PSL et a fait partie, entre autres, du casting du film de Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite. Il est l’auteur et le metteur en scène de Je choisis le printemps, une création 2026. Il y est d’abord un clown acrobatique, Pantoufle, parlant de ses difficultés. Un clown très élégant qui ne sait plus trop ce qu’il doit dire, rien n’est prêt rendez-vous compte, comment va-t-il faire pour s’en tirer, tout irait bien s’il était seul est tranquille mais la salle est pleine. Il nous avoue ses nombreuses difficultés pendant que tout son corps joue, avec une subtilité et une souplesse déconcertante. Il n’y a que ses cheveux qui ne bougent pas, et peut-être l’arête du nez, et encore, ce n’est pas dit.

Peu à peu les rires cessent, ce personnage au nom merveilleux et tentant semble plonger dans du difficile, de l’impossible : « Je ne sais plus comment commencer – c’est le drame de ma vie – car un homme qui ne commence pas ne finit jamais rien, cela va de soi – or, il serait bon, aussi, de savoir comment finir (…) ». Il ment, il s’en tirera très bien, rebondissant sur des citations de Racine et Bérénice, Musset avec entre autre La confession d’enfant du siècle, etc. Des citations si bien insérées dans son texte qu’on peut simplement penser avoir déjà entendu ça quelque part, mais où ? A moins d’être un immense spécialiste… Son texte et son jeu sont devenus plus sobres, Pantoufle explore et partage ses difficultés, ses souffrances, sans savoir vraiment de quoi il s’agit ou d’où elles viennent. Dans cette petite salle, nous sommes comme face à un copain en difficulté, et auquel en plus on aurait demandé en arrivant, « Comment vas-tu ? ». Pantoufle avoue sa hargne contre cette habitude idiote. Il s’étend sur la difficulté de parler. Que dire ? Comment ? En répétant toujours la même chose ? En inventant ? Il nous fait croire qu’il avance dans le vide devant nous. Son texte peut faire beaucoup d’échos dans nos propres vies. Le rythme de Je choisis le printemps nous emporte, on ne sait pas très bien où, mais on y va. Comment Pantoufle passe-t-il de cet humour non-stop à ce drame étrange ? Comment être, qui être, comment sont les autres face à nous, et l’inverse, nous face aux autres ? Se battre ou se laisser faire ? Pourquoi ne sommes-nous pas tous sur la même voie express ? Comment ralentir, accélérer ? Ou pourquoi ne pas garer notre voiture trop puissante, et aller cueillir des fleurs ? Ce spectacle fait réfléchir, fait résonner des tas de choses, les bonnes et les autres.

Jean-Frédéric Lemoues nous scotche, on ressort de son spectacle ému et heureux, oui, les deux. Il y a une phrase un peu longue à la fin, on préfèrerai un arrêt plus brutal. Mais non, il joue avec la magie d’un manteau couvrant ses épaules, la belle veste ayant été abandonnée, dommage. Il y a de l’entre deux partout, on ne sait pas vraiment où on est, ou on va, face à ce talent fort, qui mêle du sérieux et du n’importe quoi, Pantoufle nous ment et on le croit à toute vitesse. Choisir le printemps serait une voie à suivre ? Lemoues donne envie de mieux découvrir son travail. Sur scène il est un papillon, un grain de sable, une apparition ou un miroir, allez savoir, avouez-le ou non. Une très bonne soirée. 

Je choisis le printemps, écriture et jeu de Jean-Frédéric Lemoues

Collaboratrice artistique : Octobre Chabrol

Créateur lumières : Félix Le Cloarec

Créateur son : John M. Warts

Créatrice costumes : Lucie Duranteau

Avec le soutien de la Compagnie des Petits Champs – Résidences de création, Les Tréteaux de France – Centre Dramatique National

Photos : © Christophe Raynaud de Lage

Du 8 octobre au 10 décembre 2026, les jeudis à 19 h

Durée du spectacle : 1h10

Théâtre La Flèche

77, rue de Charonne

75011 Paris

Réservations : 01 40 09 70 40

www.theatrelafleche.fr