Quand la fusion de deux cabarets emblématiques fait des étincelles et embrase le public ! Le cabaret La Bouche, de Paris, et le Velvet Creepers, de Berlin, se sont associés le temps de deux soirées au Carreau du Temple, dans le cadre de la Saison Cabaret initiée par Le Ministère de la Culture et c’est peu de dire que la réunion des deux a chauffé la salle à blanc… La Bouche que nous ne présentons plus ici, soit Mascare, Bili Bellegarde, Soa de Muse et Grand soir, cabaret toujours aussi follement queer, engagé, frondeur, insolent de talent monstre, de poésie et de réparties assassines, passant l’actualité au tamis de leurs convictions chevillées fermement, férocement féministes et décoloniales, joyeusement libertaire, se frotte au burlesque sophistiqué de trois créatures, trois performeuses insensées, Fifi Fantôme, Dunja von K et Lori Baldwin, trio du Velvet Creepers crée en 2018. Tout aussi féministes et queer cependant qu’elles se distinguent par une approche plus traditionelle, circassienne (acrobatie aérienne, pilotraction et Hula-hoop) tout en revisitant la tradition du cabaret berlinois, chansons et danses, issue de la république de Weimar en l’associant à la création contemporaine. L’un comme l’autre de ces deux cabarets ont ce côté glamour et punk tout à la fois, combinant l’insolence de l’underground salutaire et de la pop culture, revisitée comme il se doit. Un mélange des genres et du genre performé explosif où l’approche singulière de chacun, au-delà de leur point commun, fait merveille par leur complémentarité abrasive et franchement ébouriffante, car tout ici décoiffe sévère et l’on ressort du Carreau du temple littéralement essoré.

La Bouche et le Velvet Creepers réunis, c’est tout un éventail de la diversité féconde et subversive du cabaret et de ses créatures protéiformes, hors-normes, drag ou pas, où la tradition chahute joyeusement avec la modernité, le glamour et le camp’ avec le trash, la rigueur avec l’improvisation au débotté génialement foutraque, pour une représentation de haut-voltage qui électrise et crame le public. On y chante aussi bien et tout en douceur du Françoise Hardy qu’avec rage et raison La semaine sanglante (Jean-Baptiste Clément, 1871) – hommage à nos lycéens en juste révolte et inquiétude devant notre avenir se teignant de brun -, on y danse furieusement sur de la pop mais on rend hommage le temps d’une danse serpentine à Loïs Fuller et tandis que là-haut en son cerceau tournoie une acrobate (là, on pense au célèbre Barbette), plus bas c’est un hymne aux amours lesbiennes ou encore un conte pour les hommes qui aiment les hommes. Lieu de toutes les libertés parées d’étincelants atours déculottés de toutes normes, le cabaret – on ne le répéterajamais pas assez – est un lieu de résistance qui transforme la fête en un formidable espace politique. L’extravagance et le rire un sacré pied-de-nez à toute les réactions rampantes. Démonstration éclatante ici dans cette collaboration européenne inédite qui démontre combien d’Est en Ouest s’organise une même résistance devant l’inquiétude qui tenaille. Et ce soir-là, avec Mascare en maîtresse de cérémonie accompagnée de ces créatures indisciplinées, cette diablesse de poétesse à l’heureuse insolence, qui, mordante et satirique, ne mâche pas ses mots sur notre époque en vrac, c’était l’assurance pour le public d’entrer à son tour en résistance.

Cabaret Paris-Berlin, direction artistique La Bouche + The Velvet Creepers
Avec : Mascare, Soa de Muse, Bili Bellegarde et Grand soir (La Bouche) – Fifi Fantôme, Dunja von K et Lori Baldwin (The Velvet Creepers)
En partenariat avec l’institut français Berlin
photos : © Léna Capilla (1 et 3), Daniel Paikov (2)
Vu le 9 octobre 2026
Le Carreau du Temple
2, rue Perrée
75003 Paris

