Michel Fau, diva assoluta de la fausse note. Qui aime bien châtie bien et cet histrion fin connaisseur du monde lyrique, metteur en scène à l’occasion d’opéra, pour la seconde fois massacre avec bonheur l’art lyrique. Diva déglinguée à bout de souffle, en fin de carrière probablement, ni beaux gestes, ni beaux restes, reprenant les codes et les clichés du genre, d’un autre temps c’est certain, d’une diction parfaite qui parfois s’empâte et frise l’aphonie, cependant qu’elle coasse, croasse chaque partition, dûment massacrées et comme allant de soi, avec un naturel désarmant, une sincérité absolue. Et avec ça un art de soigner ses entrées à nulle autre pareille, une attitude altière où le cabotinage ampoulé de celle qui connait son public tient de la minauderie vacharde et de la complicité complaisante voire de la duplicité. Et de la délicieuse ringardise aussi dans cette emphase qui se voudrait classieuse et qui n’est qu’affectation. Si l’on songe évidemment à Florence Jenkins Foster, le modèle absolu sourde à tout diapason, Michel Fau fait avant tout du Michel Fau, un art du travestissement burlesque sinon grotesque, bien au-delà de la caricature, et cependant jamais ridicule. Une fluidité dans le genre toute et éminemment théâtrale. Mais notre diva n’est pas seule qui accepte, par quel miracle devant tant d’égocentrisme concentré et dilaté tout à la fois, de partager la scène avec un ténor, un vrai de vrai, Philippe Talbot. Impeccable de maîtrise, brillance du chant et jeu d’une sobriété exemplaire, qui contraste durement avec l’à-peu-près en tout et jusque dans l’incarnation emphatique de sa partenaire. C’est d’une hilarante cruauté par contraste qui atteint un sommet magistral quand après avoir alterné leur prestation ils chantent enfin ensemble. Ensemble ? Cela tient surtout du duel à couteau tiré qui atteint naturellement son apogée avec la mort de Carmen – justement – et devient ici, mise en scène et mise à mort comprise, un instant de bravoure catastrophique, sous les yeux impassibles du pianiste (Martin Surot) qui n’en peut mais, tout concentré sur son clavier. Ce dernier rabroué mainte fois par notre diva capricieuse et oublieuse de sa partition, n’en garde pas moins et sa place et son flegme au long de ce récital boulevardier. On pourrait s’en tenir là, au massacre de l’art lyrique et de nos oreilles, Frantz Lehar, Gluck, Donizetti, Ravel et Bizet promptement trucidés, le baroque et le vérisme dézingués et mis sur un même plan, mais la seconde partie s’ouvre, on s’en doutait connaissant l’animal, sur un autre tableau de chasse dont Michel Fau est coutumier. Jeanne Mas, Gilbert Montagné, Herbert Léonard et Julie Piétri, et enfin cerise sur la pièce démontée, le groupe Il était une fois pour une hilarante reprise, on atteint ici un sommet d’interprétation loufoque et décalé, de J’ai encore rêvé d’elle. Tous ces tubes en version lyriques prennent un sacré coup de pelle et par ses nouveaux oripeaux orchestraux leur kitch éclate cruellement. Comme s’éclatent visiblement nos deux artistes. Derrière l’apparente parodie de ce récital jusque dans la reprise tragique (pour nous) du songe d’Athalie, comme une coquetterie de tragédienne – et c’est Racine assassiné et le public qui meure de rire – nulle moquerie, point d’irrévérence, mais un véritable exercice d’admiration sincère jusque dans ce premier degré jubilatoire qui ose tout. Même si, bémol, et malgré les fous rires irrépressibles, rien ne nous étonne plus dans ce récital, comme un air de déjà vu et entendu depuis le premier opus, le génialissime Récital emphatique.

Concert très chic, écriture et mise en scène de Michel Fau
Avec : Michel Fau et Philipe Talbot
Au piano : Martin Surot
Costumes : David Belugou
Maquillage et Perruque : Eva Cissé
Bijoux : Philippe Ferrandis
Collaborateur artistique : Alexandre Mary
photo : © Christophe Martin
Jusqu’au 28 décembre 2026
Les lundis et mardis à 19h
Théâtre des Bouffes Parisiens
4 rue Monsigny
75002 Paris
Réservations : 01 42 96 92 32

