La deuxième danse politique est en crise. Elle le clame haut et fort par la bouche volubile de son maître de cérémonie. Maniant le tambour comme le verbe, à vive allure et battant, Josué Mugisha se revendique d’Antonin Artaud, et se fait la voix du prophète dans les déserts spectaculaires annonçant que « la crise rode dans les didascalies », ou encore, que, ce que à quoi nous assisterons n’est que « les reste d’un spectacle », ce que nous entendrons que « les restes d’une langue étrangère ». La deuxième danse politique est volontairement fauteur de trouble, dramaturgique comme esthétique, basculant sans prévenir du théâtre à la danse et vis-versa, frottant ces contraires comme deux pierres de silex pour faire des étincelles. La proposition de cette jeune compagnie burundaise ajoute de la crise à la crise, et, dans la juxtaposition et superposition, architecture un théâtre politique et pêle-mêle, comme si le plateau se métamorphosait en rond-point revendicatif, s’adjuvant quelques supplétifs en la personne de quelques spectateurs invités à rejoindre la scène.
Dans une mise en abyme qui ne se veut pas non plus révolutionnaire puisqu’elle puise aussi ses références chez Pirandello, avec son auteur introuvable ou son actrice surgie du public et s’époumonant sur les apories du théâtre, La deuxième danse politique nous emporte par son énergie, sa jeunesse éclatante, brûlante comme ses quatre danseurs, leur danse jaillissant comme des coups de sang, leurs corps tendus et claquant comme des flammèches au vent.
Si l’on peut regretter que le texte, d’une belle densité poétique, se perdait dans les flux contrariés du plateau et de l’acoustique de la salle, on ne peut qu’acquiescer à, et saluer, cette prise de position à même la scène, réflexive et poétique comme politique, et mesurer l’écart flagrant entre les révoltes qui soulèvent le pays de La Liberté guidant le peuple et l’état impassible de la scène française (en difficulté elle-même suite aux coupes assassines de l’exécutif), pas spécialement orientée vers une convergence des luttes. La crise politique d’où nait La deuxième danse politique nous restera étrangère (et le mot est ici évocateur de notre violente indifférence et oubli du malheur des autres peuples), à la manière d’une invisible mais vibrante toile de fond théâtrale, la guerre civile, le génocide, condensé par une imparable formule ouvrant mille gouffres : « comment ouvrir la bouche au théâtre quand la terre s’ouvre pour avaler les morts ? ». Prendre la parole est alors une question de vie pour les morts.
La deuxième danse politique, de Josué Mugisha
Avec : Avec quatre danseur·euses, une actrice, un musicien (en cours).
Photo de l’article : © Festival Buja Sans Tabou
Durée : 1h environ
Du 22 au 23 octobre 2026
MC93 Maison de la culture de Seine-Saint-Denis
9, boulevard Lénine
93000 Bobigny
Tél : 01 41 60 72 72
Dans le cadre du Festival d’automne et de la Saison Méditerranée

