Un corps à l’horizontale sur une table de plexiglas évidée en son centre pour un solo où le corps conçu comme une architecture mouvante défie et se joue de la gravité, interroge les points d’appui et ses conséquences factuels sur la dynamique du mouvement. C’est une performance de grande intensité, fascinante par sa concentration extrême et sa lenteur réfléchie où Maria Donato d’Urso métamorphose son corps, le désarticule à l’extrême, entre le vide qui le suspend partiellement et la matière qui le retient. Un espace de fracture dynamique, entre pesanteur et apesanteur, tension et relâchement, où les mouvements se répondent à la fois et alternativement dissociés et indissociés. Et cette illusion d’optique que provoque cette table opératoire, d’un corps anatomiquement coupé en deux comme disséqué, telle une sculpture de Damien Hirst, où chaque partie semble indépendante l’une de l’autre, soumise à des tensions contradictoires, cependant qu’un flux, une énergie indicible, les traverse continument, contradictoirement aussi, et lui donne une étrange et paradoxale unité jusque dans cet étrange dimorphisme anamorphique. Par cette forte horizontalité qui colle le corps et la peau sur cette table, – la peau, autre marqueur sculptural de cette danse – multipliant ainsi les points d’appui et conséquemment augmente le champ des possibles chorégraphiques et physiques, contrariée cependant et volontairement par cet espace vide au centre de cette table et dans lequel le corps, au bord du déséquilibre quand il n’y choit pas volontairement obligeant à modifier continument ces mêmes points d’appui pour un dialogue disruptif continu entre les deux parties, une tension apparait qui dilate cette présence physique toujours  scindée et l’unifie. Plastiquement superbe dans son étrangeté et par cette désarticulation provoquée qui cède ou résiste alternativement au champ gravitationnel contradictoire, le corps devient « à la fois l’architecte et l’architecture de l’espace scénique ».   

Collection particulière, conception, chorégraphie et interprétation de Maria Donata d’Urso

Création lumière : Maryse Gautier

Création lumière pour la reprise : Yannick Fouassier

Création musicale : Vincent Epplay

Réalisation décor : Jérôme Dupraz

Régie générale : Ludovic Rivière

Crée en juin 2005 aux Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint-Denis

Du 21 au 23 octobre à 20h30

La Ménagerie de verre

12 rue Léchevin

75011 Paris

Réservation : www.lamenageriedeverre.com