Technique, virtuosité et intensité émotionnelle contrôlées sont les termes qui s’imposent d’emblée lors de chaque prestation du Alvin Ailey American Dance Theater. Les différents successeurs du créateur ayant réussi à la fois à maintenir l’héritage et continuer à le faire évoluer vers de nouvelles propositions, plus contemporaines. Le programme Ailey Legacy correspond à cette « legacy » et ce désir de nouveauté. Ce spectacle replonge beaucoup de spectateurs dans leur « madeleine » de Proust du monde de la danse, avec le seul regret de ne pas ressentir l’intimité et le recueillement nécessaire dans une salle aussi démesurée que celle du Palais des Congrès de la Porte Maillot, et faisant le choix de deux longs entractes, alors que cette danse devrait se savourer en un seul souffle dans une salle devant, certes, être suffisamment grande pour apprécier la composition de ses grands tableaux.
Ailey Legacy est composé de deux programmes selon les soirs avec quelques œuvres communes. Celui que nous avons vu commençait par Night Creature (mouvements II et III) qui date de 1974, ballet d’Alvin Ailey inspiré par une partition de Duke Ellington, une chorégraphie brillante à l’image de ses costumes couleur de ciel scintillants, où se croisent les sauts classiques maîtrisés à la perfection et certains mouvements caractéristiques de la méthode Graham. La musique jazz est également utilisée (dont le Come Sunday de Duke Ellington, aux côtés de rythmes plus afros) pour Grace, autre pièce culte, mais écrite en 1999 par Ronald K. Brown, l’un des cent chorégraphes de la compagnie.
A Song for You est un extrait de Love Songs d’Ailey, vibrant hommage au danseur Dudley Williams, décédé en 2015 et qui fit partie pendant plus de quatre décennies de la compagnie. La prestation très épurée du danseur en justaucorps bleu électrique invite à l’abandon, sur la musique de Leon Russel.
Un autre solo constitué d’extraits de Cry, ce fameux cri d’Ailey pour toutes les femmes noires, et cadeau d’anniversaire pour sa propre mère, met en pas l’oppression de l’esclavage et l’aspiration à la liberté. Vêtue d’une des fameuses grandes robes blanches à volants (de A. Christina Giannini), la danseuse évolue entre retenue et extase, dans de beaux cambrés et grands développés, sur une musique d’Alice Coltrane, Laura Nyro et Chuck Griffin.

Enfin, Revelations revient complètement aux origines avec cette chorégraphie mythique d’Ailey dansée depuis 66 ans partout dans le monde ! Les gospels nourrissent les ports de bras aussi radieux que mélancoliques, la joie de la fête en costumes, chapeaux et éventails chatoyants rayonne ; les prières et les invocations spirituelles groupées sont illustrées par les grands pliés répétitifs, mains ouvertes vers le ciel scruté par des regards impassibles, bras et corps entiers tendus vers l’Eternel…
Ailey Legacy d’Alvin Ailey Dance Theatre
Sous la direction artistique de Alicia Graf Mack, Daria L., Eric J. Wallach
Directeur artistique associé : Matthews Rushing
Lumières : Chenault Spence ; William H. Grant III – Tsubasa Kamei ; Nicola Cernovitch
Costumes : Barbara Forbes, fabric painting by Parsons-Meares ltd. ; Ursula Reed ; A. Christina Giannini ; Omatayo Wunmi Olaiya ; Ves Harper
Photos : Paul Kolnik
Avec : Les danseuses et danseurs du Alvin Ailey Dance Theater
Durée : 2 h (et 2 entractes de 20 minutes)
Programme A du 7 au 11 octobre 2026 à 20h30 (15 h le 10 octobre)
Palais des Congrès
2 place de la Porte Maillot
75016 Paris

