La colle du jour : doit-on payer ses dettes ?  Deux heures et quinze minutes pour affuter votre argumentaire. Le Collectif OS’O vous aidera grâce à l’étayage théorique d’un anthropologue anarchiste, virulent critique du capitalisme, David Graeber (dette : 5000 ans d’histoire), et aux cycles shakespeariens de vengeances sanglantes à coup de règlements de comptes de Timon d’Athènes et Titus Andronicus.

Les spectateurs, venus pour le maître élisabéthain et non pour potasser le sujet de la dette sont déçus. D’emblée, nous sommes mis au parfum, huit heures de spectacle c’est impossible. Afin de s’acquitter de leur dette vis-à-vis du public, qu’il ait payé ou non sa place, le temps c’est de l’argent, la troupe va nous servir une cuisine faite maison ; les ressorts du barde d’Avon seront assaisonnés façon puzzle, à la Audiard, avec une sauce piquante.

Ça commence en Muppets show télévisuel avec les comédiens vissés derrière leurs bureaux de part et d’autre de l’espace central, qui lancent leurs arguments en allumant leur lampe, sautent et brandissent un plastique de lumière vert ou rouge pour marquer leurs accords ou désaccords. Gratitude, reconnaissance pour les personnes et attention aux autres, ciment du lien social, avoir une dette c’est prendre conscience de la richesse du partage, des échanges de services, voilà pour le positif.  L’autre volet, shakespearien, montre l’engrenage des violences intimes ou politiques que génèrent les dettes à solder, sans oublier les différences entre dette financière et morale. Pour illustrer les méfaits des créances les comédiens se retrouvent sur l’espace central et campent une famille bourgeoise, écroulée sous le nombre des dettes qu’ils ont les uns envers les autres, quand les cinq enfants viennent d’apprendre la mort de leur père, ce qui pose l’épineuse question de l’héritage. L’ensemble est un spectacle hybride qui enchaîne à vitesse grand V, le grand guignol (carnage avec une tête coupée sur un gramophone, supplicié en croix, hémoglobine à tout va) avec la réflexion anthropologique.

Vous êtes perdus ? Pas grave, c’est ce que ressentent les spectateurs au bout d’un moment, trop c’est trop ; on soupçonne ce diable de collectif (Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Lucie Hannequin, Marion Lambert et Tom Linton) de vouloir sciemment nous égarer, déjouer nos attentes, nous louvoyer. On se demande jusqu’où ils vont aller dans une histoire qui tourne au vinaigre gore avec des saillies triviales (Ta gueule) côtoyant les vers shakespeariens : le sang du châtiment cogne dans ma tête, la vengeance dans mon cœur et la mort dans ma main. Avouons-le, on aurait bien apprécié un peu plus de Shakespeare !  

Le décorum élisabéthain, auréolé d’une magnifique tête de cerf, spectre du père défunt, accompagne un scénario digne d’Agatha Christie, pour caracoler ensuite sur la veine loufoque des Monty Python, tout en revenant à sa question initiale. C’est barré et sérieux en même temps, avec des longueurs au milieu ; le groupe OS’O en rajoute dans les effets factices, se laisse emporté par son goût des coups de théâtre à répétition mais on sort avec de vraies questions. Un monde sans échanges financiers est-il possible ? Est-ce cela qui nous attend, une société où seul le compte en banque signale la valeur d’une vie humaine. A chacun selon son mérite mais qu’est-ce que le mérite ? Travailler plus pour gagner plus ? Vraiment ?

Les sept pieds nickelés, à la diction parfaite sans micro, sont épatants, débordent d’engagement sur une mise en scène millimétrée, des enchaînements impeccables et un aplomb incroyable ! Timon/ Titus, un drôle d’oiseau qui a toute sa place à la Maison des Métallos, temple de l’histoire ouvrière et sociale !

Timon/Titus d’après Shakespeare, un projet du collectif OS’O

Mise en scène : David Czesienski

Scénographie : Marion Guérin

Musique : Maxence Anquetil

Lumières :  Yannick André et Emmanuel Bassibé

 Photos : © Pierre Planchenault

Avec : Roxane Brumachon, Bess Davies, Mathieu Ehrhard, Baptiste Girard, Lucie Hannequin, Marion Lambert et Tom Linton

Durée : 2h15

A partir de 15 ans

Jusqu’au 11 avril, jeudi à 19h, vendredi à 20h, samedi à 18h

Maison des Métallos

94, rue Jean-Pierre Timbaud

75011 Paris

Réservations :

01 47 00 25 20

www.maisondesmetallos.paris