Psicofonía – Silences d’Espagne est un spectacle à la fois historique, un rien étrange et jusqu’à joyeux ici ou là, dans lequel Faustine Noguès promène les spectateurs, sages et munis de casques audio 3D, casques donnant l’impression que les sons viennent des côtés, d’en haut, d’en bas et plus encore si possible. Avec ça, Faustine Noguès, seule sur scène, avec un petit caillou souvenir, veut nous plonger en plein « psicofonía », terme qui en espagnol est un phénomène plus qu’insolite, noyé dans le surnaturel, qui permet d’entendre, au milieu de sons déconcertants, grâce au filtrage de bruits blancs d’enregistrements audio, des voix humaines, oui, normalement inaudibles. Ces bruits blancs correspondent à une sorte de mixité de fréquences sonores. Là, le public entendra effectivement des bruits étranges, échos fantomatiques de souvenirs, lui permettant de se replonger dans les résidus de ceux issus des dizaines d’années sombres du fascisme espagnol.
Dans ce Psicofonía – Silences d’Espagne, Faustine Noguès évoque cette « amnésie » qui avait été souhaitée au moment du retour de l’Espagne vers la démocratie, suite à la mort de Franco. Une sorte de loi d’amnésie générale avait été mise en place, pour que toutes et tous oublient ce que ces sales années franquistes avaient mis en place ou avaient suscité : les crimes du franquisme, la guerre civile, toute cette lutte contre le fascisme. Les douleurs, les crimes, la peur. Faustine Noguès est issue d’une famille de républicains exilés et ce spectacle veut en quelque sorte illustrer les souvenirs interdits de ces années. Les grands-parents maternels de Faustine Noguès sont nés en 1930 en Espagne, dans des familles ouvrières faisant partie du camp républicain, donc noyées dans la répression, l’emprisonnement, l’assassinat. Les survivants ont très souvent préféré le silence, une forme d’amnésie donc, pour ne pas transmettre ces douleurs aux générations suivantes, qui souvent, sans même le savoir, ont pu en souffrir, sorte d’échos aigus de douleurs traumatiques. C’est ce qu’a ressenti, véritablement, Faustine Noguès, une perte de mémoire en approchant ce sujet et c’est ce qu’elle veut faire comprendre au cours de Psicofonía – Silences d’Espagne.
Elle souhaite nous transmettre la douleur de ses grands-parents et s’est lancée dans de grandes recherches. Mais au fur et à mesure, elle oubliait. L’amnésie victorieuse semblait encore rire des années après. Sur scène, Faustine Noguès nous raconte tout cela, d’une façon calme et surprenante. Des voix rebondissent autour d’elle, nous ne pensons plus forcément à nos casques audio, et ces voix en profitent, en jouent et nous surprennent. Aucune peur, non, des souvenirs qui sonnent à la porte. Façon très nette de transmettre cette douleur qui a pu être ressentie en Espagne. Faustine Noguès joue comme si nous étions entre amis, en pleine discussion et qu’elle devait nous raconter tout ce trouble dans lequel l’avait plongé cette amnésie. « Je ne m’en souviens plus ». On le dit tous et toutes, facilement, au sujet d’une station de métro pour rejoindre la rue truc, mais là, cette amnésie a été plus que véritable, de celles qui font peur, que les autres ne comprennent pas très bien, de celles qui isolent plus encore les troubles qu’elle crée, comme indéfiniment. Un sujet fascinant, avec des jeux de lumières et de sons qui fonctionnent parfaitement. Par contre des effets de répétitions rebondissent et une lenteur, une voix dépourvue de rythme, ou plutôt semblant en avoir élu un et ne souhaitant pas l’abandonner, de peur de lui faire mal, à ce pauvre rythme, lassent. Puis cet effet s’efface, on respire face à lui, ce sujet si riche, et on se reprend les pieds dans une vilaine lassitude un peu plus loin. Est-ce dû au fait que l’on doit le texte, la mise en scène et le jeu à Faustine Noguès seule ? Allez savoir… En tout cas cette création donne à réfléchir sur ces silences d’Espagne.
Psicofonía – Silences d’Espagne : texte, mise en scène et interprète Faustine Noguès
Création sonore, composition : Colombine Jacquemont Dramaturgie et collaboration artistique : Joséphine Supe Création lumière : Willy Cessa Musique et voix enregistrées : Renaud Déjardin, François Aria, Nati James et Olmo Hidalgo Direction de production : Marie Leroy Administratrice de production : Lila Boudiaf Production Compagnie : Madie Bergson Coproduction : Théâtre de la Cité Internationale, Espace Marcel Carné – Saint-Michel-sur-Orge, L’Archipel à Fouesnant, Théâtre d’Aurillac, Théâtre de Noisy-le-Grand et Théâtre de Suresnes Jean Vilar
© Photos de Christophe Raynaud de Lage
Du 2 au 13 avril 2026
Durée du spectacle : 1h15 environ
Théâtre de la Cité International 17, boulevard Jourdan 75014 Paris
Réservation : 01 85 53 53 85 accueil@theatredelacite.com www.theatredelacite.com
Les à côtés : Jeudi 9 avril : rencontre avec l’équipe artistique à l’issue du spectacle Samedi 18 avril, de 10h à 15h : atelier d’écriture avec Faustine Noguès. Entrée libre sur inscription : quentin.fondu@theatredelacite.com
Tournée (en cours de construction) : 10 et 11 mai 2026 : Théâtre d’Aurillac Juillet 2026 : Festival d’Avignon, Théâtre des Halles Novembre 2026 : Odyssud, Blagnac Décembre 2026 : Espace Michel Simon, Noisy-le-Grand Décembre 2026 : Théâtre Jacques Carat, Cachan Février 2027 : L’Archipel, Fouesnant Février 2027 : Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Suresnes Avril 2027 : Maison des Arts du Léman, Thonon

