Critique de Dashiell Donello -
Au début de l’histoire, Job est un homme riche et pieux, mais il n’étudie pas sa foi comme il le devrait, ce n’est pas un philosophe, et ne peut rien attendre de la providence. Il est simplement reconnaissant et loue Dieu de ses bienfaits.
Quand la bible nous livre la poésie tragique du Livre de Job, elle nous dit : « Réfléchissez à ce qu’est la souffrance d’être au monde. Riche ou pauvre. Bon ou mauvais ». L’auteur israélien Hanokh Levin (1943-1999), en écrivant sa pièce « Les souffrances de Job », a mis l’universelle légende, sur le théâtre du monde, avec pour acteur la probité d’un homme, qui va tout perdre sur le pari que Satan fait à Dieu.
© Gérard Llabres
« Le livre de Job » est un combat permanent entre les demandes attristées de Job et les différentes écoles de raisonnements de ses amis. L’un dit à Job que l’on se doit d’examiner sa religion, l’autre a une pensée différente quant à Dieu et la providence : la conception classique que la vertu est récompensée par Dieu. Job lui, répond que Dieu détruit les innocents avec les coupables. Est-ce de là que vient sa faute ?
Ses amis, plus philosophes, ne regardent pas le cas de Job en particulier, mais le cas en général. Ce qui fait dispute, car le général ne peut aboutir qu’à des généralités. Job veut parler et plaider sa cause devant Dieu. Les amis sont offusqués des paroles de Job: ils sont persuadés qu’il n’est pas possible de parler avec un Dieu inaccessible. Car sa loi est la Loi. Pourtant Levin fait dire à Job que s’il est de ce monde, Dieu ne peut y être. Qu’il n’y a rien d’autre dans la souffrance que de la souffrance. Job serait-il l’incarnation du combat entre la raison et la foi en un Dieu intime ?
Dieu ne puni pas Job pour autant, mais l’abandonne à Satan à condition qu’il l’épargne corps et âme. La pièce de Levin « Les souffrance de Job » vient de sa période : pièces mythologiques. Il écrit sa version en suivant le chemin biblique. Hanokh Levin nous incite à étudier (ce qui est une belle tradition hébraïque) ce texte avec un regard sur le festin du monde qui ne laisse que le vomi à ceux qui souffrent de la faim. S’il empale son héros c’est pour mieux nous signifier que l’apparence ne peut avoir la clef d’un début de solution qu’en la cherchant de l’intérieur.
Il est dommageable que la mise en scène de Laurent Brethome n’ait pas suivit la réflexion de l’auteur et ne traite pas sa pièce sur le fond. La forme, sans rayonnement, ni résonance, ne peut qu’aboutir qu’à un théâtre bourgeois ou esthétisant. Ce n’est pas en encombrant la scène de bouteilles vides, ou en peinturlurant des corps, que l’on représente l’universelle écho de l’éternelle question : de l’existence de Dieu. Si on ne peut y répondre on peut dire qu’il Est, mais n’existe pas, car le problème de la souffrance nous ramène à Nietzsche (1844-1900) qu’il résume par la formule : Dionysos contre le Crucifié. Dans la pièce de Hanokh Levin Dionysos contre l’empalé. Cette recherche sur le fond nous donne tout le chemin de la réalité de Job contre la mort d’un Dieu Nietzschéen. La Thora nous dit que la clef de l’invisible est dans les mots. Or, nous avons vu l’apparence des mots. Heureusement le texte nous parvient par une bonne distribution, à la fois chœur tragique et bruiteur céleste, guidé par le coryphée Philippe Sire qui est étonnant dans le rôle de Job.
Les Souffrances de Job
Prix du Public du festival Impatience, 2010
De : Hanokh Levin
Texte français : Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz
Mise en scène : Laurent Brethome
Avec : Fabien Albanese, Lise Chevalier, Antoine Herniotte, Pauline Huruguen, François Jaulin, Denis Lejeune, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Anne Rauturier, Yaacov Salah, Philippe Sire
Dramaturgie : Daniel Hanivel
Scénographie & costumes : Steen Halbro
Lumière : David Debrinay assisté de Rosemonde Arrambourg
Musique : Sébastien Jaudon
Paysage sonore : Antoine Herniotte
Décorateur : Gabriel Burnod
Chorégraphie : Yan RaballandDu 19 au 28 janvier 2012
Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15hOdéon – Théâtre de l’Europe
Ateliers Berthier
1 rue André Suarès / 14 boulevard Berthier, Paris 17e
Métro Porte de Clichy – Réservations 01 44 85 40 19
www.theatre-odeon.fr
© Gérard Llabres

Vous plaisantez sans doute ? Je ne me serais pas permis d’émettre un avis sur votre texte sans l’avoir lu. Ce que je vous conseille de refaire d’ailleurs car vous jugez de la forme en vous appuyant sur votre compréhension du fond. Ceci est en effet le plus simple chemin pour faire une critique de spectacle vivant, convenons-en. Prenons un exemple : vous écrivez : « …/… Il est dommageable que la mise en scène de Laurent Brethome n’ait pas suivit la réflexion de l’auteur et ne traite pas sa pièce sur le fond. La forme, sans rayonnement, ni résonance, ne peut qu’aboutir qu’à un théâtre bourgeois ou esthétisant. Ce n’est pas en encombrant la scène de bouteilles vides, ou en peinturlurant des corps, que l’on représente l’universelle écho de l’éternelle question : de l’existence de Dieu…/… ». CQFD, non ? La forme au théâtre est au service du fond (au sens noble du terme). Notons simplement que vous n’avez pas lu/entendu/vu/réagi aux mêmes idées que Brethome, ce que je vous reconnais le droit de faire, comme à lui. Comprenons que ces différences forment la richesse de l’approche des textes et reconnaissons à ce metteur en scène son droit à l’approche qu’il nous propose ici, comme aux spectateurs (dont je suis) le plaisir de l’avoir appréciée.
Cela est un article non un procès. Il n’y a pas non plus de direction de mise en scène, mais une analyse du texte source et de l’adaptation. Je parle sur le fond et vous, comme le metteur un scène, sur la forme. Relisez ma critique.
Quel drôle de procès que voilà ! Pourquoi dire à un metteur en scène comment il doit interpréter la pièce ? Autant la monter soi-même ! De mon point de vue, il n’y a rien de bourgeois ni d’esthétisant dans ce parti-pris de mise en scène. Relisez la pièce, l’auteur n’est pas trahi. Il est servi, certes avec l’art et la manière choisis. Pour l’amateur d’Hanokh Levin que je suis, voilà ce que j’en dis : Nous avons là un spectacle impressionnant, beau et magistralement interprété. Ce travail allie plusieurs techniques de scène sans que celles-ci ne desservent le texte d’Hanokh Levin, au contraire ! Les métaphores et les allégories sur la croyance comme les cruelles bassesses du comportement humain, sujets principaux de cette pièce, chers à l’auteur, sont rendus magnifiquement. Un moment rare à classer parmi les très bons temps de théâtre.