Antoine est Préfet, Chloé est activiste. Tout les oppose sur le sujet d’actualité brulant du moment : les méga-bassine. Jusqu’à ce mot lui-même qu’Antoine tient à appeler les « réserve de substitution » selon le terme consacré par la loi. Et c’est justement cela qui dresse un fossé entre ces deux-là : la loi. Pour l’une, elle est illégitime, et désobéir devient nécessaire, voire vital ; pour l’autre, elle fait au contraire office de boussole, et elle doit s’appliquer de la même façon pour toutes et tous.
Tout les oppose : dans les discours, les actes, sur les plateaux média où ils sont invités, dans les assemblées citoyennes et autres réunions qu’ils organisent chacun de leur côté. Adversaires donc. A ceci près que… Antoine et Chloé forment, dans la vie privée, un couple.
Convaincu chacun que la justice est de leur côté, ils vont aller jusqu’au bout de leurs engagements, de leurs convictions, de leur loyauté.
En écho à Antigone, dont certaines phrases résonnent et dont on prend plaisir à réentendre le texte, cette cristallisation de l’affrontement entre conscience individuelle et devoir politique ébranle le couple que sont nos protagonistes autant qu’elle ricoche sur la myriade de personnages secondaires savoureusement interprétés par deux comédien.ne.s à l’énergie et la palette de jeu détonantes.
La mise en scène fluide, efficace et sans fioriture, permet de faire avancer le récit tout en déployant plusieurs enjeux de l’histoire : médiatiques, personnels, politiques, juridiques et environnementaux. On oscille entre l’intime et le collectif, et l’évocation divers points de vue permettent d’inclure le spectateur qui ne peut que se demander lui-même ce qu’il aurait fait à la place de tel ou tel personnage.
Certes la joute verbale prend parfois le pas sur l’émotion et on aurait pu attendre un ton plus fougueux, plus haletant, mais l’humour et l’absence d’emphase (il faut dire que se référer à Antigone nous donne forcément des attentes…) permettent d’éviter l’écueil du didactisme. Les arguments sont exposés : ils nous invitent à la réflexion, et on frissonne en se rappelant que toute ressemblance avec la réalité n’est certainement pas fortuite…

Pourquoi les gens qui sèment, une pièce de Sébastien Bizeau
Mise en scène : Sébastien Bizeau
Avec : Gaspard Cuillé ou Paul Martin, Matthieu Le Goaster, Sana Puis et Nastassia Silve
Création sonore : Iris Lainé
Décors : Raphaël Guinamard
Costumes : Claire Bigot
Lumières : Raphaël Bertomeu
Création vidéo : Pierre Monchy
Illustration : Pénélope Belzeaux
Photo : © Roxana Albu-Mercié
A partir du 9 septembre 2026
Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Durée : 1h20
Théâtre Lepic
1 avenue Junot
75018 paris
Réservations : 01 42 54 15 12

