Le syndrome d’Ulysse est sans doute issu de l’histoire familiale de Serge Barbuscia, dont l’arrière-grand-mère, la Nonna Ninna, avait dû quitter la Sicile en 1905 pour s’installer à Tunis, comme nombre de siciliens à l’époque. Puis en octobre 1958, ce fut à son tour, à Serge Barbuscia, avec sa mère, son frère et sa sœur, de traverser la Méditerranée, dans l’autre sens cette fois, et de s’installer à Marseille, et de connaître à leur tour ce déchirement si l’on peut dire. Ses souvenirs, ses sentiments si profonds résonnent avec les événements actuels, forts et fréquents, la peur de la perte d’une identité, la perte tout court, d’autres frémissements étranges et douloureux encore. C’est tout cela que Serge Barbuscia, a voulu exprimer, avec l’aide d’Ali Babar Kenjah. Une co-écriture débutée en janvier 2024 à Marigot en Martinique et enfin construite, accompagnée de musiques, chants donnant l’impression réelle que tout ce travail naît devant nous, sur scène, grâce à l’unité et à la confiance, pourrait-on dire, de toute cette belle équipe.
Il ne faut pas s’attendre à de tristes gémissements larmoyants, non, les échos de cette histoire familiale, de cette essence, vont presque se couvrir sur scène d’une joie surprenante. Un Ulysse et ses camarades sont là, à travers les époques et ayant rejoint la nôtre sans soucis : Serge Barbuscia se sert des échos qu’il ressent en lui pour tenter d’illustrer ceux qui doivent habiter aujourd’hui un si grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants forcés de quitter leur univers, sous les bombes, la pauvreté, la dictature, et mille fois plus encore parfois. Le syndrome d’Ulysse est un message curieux, un « amusez-vous et ouvrez les yeux » en quelque sorte. Cela fonctionne très bien, grâce à ces chants, cette musique, toutes ces étonnantes surprises qui nous emportent et nous tiennent en haleine, sagement assis et prêts à retourner chez nous, même si l’envie de se lever et de danser avec les cinq devant nous est quasi constante.

Ce « quasi » vient si l’on peut dire de petits éléments négatifs surgissant et introduisant peu à peu dans ce spectacle un flou malheureux. L’impression que la construction s’est emportée sur elle-même, qu’elle glisse, se répète, que l’histoire est devenue saoule. Rythme, musique et chants rebondissent et tant mieux mais le fil à suivre pour tout comprendre s’est clairement, hélas, dissout. Un pas en arrière aurait été le bienvenu dans la mise en scène pour maintenir une structure plus évidente, éviter qu’elle ne s’efface, semble nécessaire. On peut avoir l’impression que les cinq sur scène sont heureux et sûrs d’eux-mêmes, oui, bien évidemment, mais les spectateurs nagent au bout d’un moment et s’en veulent. Les lignes, les cadres, les chemins ne sont pas de vilaines choses cruelles, y poser talent(s) et belles idées peut offrir aux spectateurs une plus profonde réflexion, une envie plus grande encore de voir certains syndromes, comme celui-ci, Le syndrome d’Ulysse, se diffuser plus facilement.
Le syndrome d’Ulysse, d’Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia
Direction musicale : Jérémy Bourges
Arrangement vocal : Théodora Carla
Création lumière : Sébastien Lebert
Costumes : Annick Serret
Avec : Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem, Aïni Iften
© Photos de Gilbert Scotti
Du 12 au 22 mars 2026
Du 12 au 21 mars à 20h, dimanches 15 et 22 mars à 16h
Durée : 1h15
Théâtre du Balcon
38, rue Guillaume Puy
84000 Avignon
Réservation : 04 90 85 00 80
www.theatredubalcon.org
contact@theatredubalcon.org
Dates à venir :
Festival d’Avignon, du 4 au 25 juillet 2026
Cargèse, Corse, octobre 2026
Théâtre national du Luxembourg, du 9 au 11 décembre 2026
Festival Casamance, Sénégal, décembre 2026

