Nos corps désirants, d’Élise Chatauret, est un spectacle dont on pourrait dire que le titre même explique tout. Six personnages apparaissent mystérieusement sur scène. Oui, on ne sait pas tout à fait ce qui se passe, on voit quelque chose remuer dans l’obscurité, bien au-dessus du sol. Une image, une marionnette, une lumière ? Non, deux mains qui tentent avec succès de se faire de la place au milieu d’un rien étrange, et que suivent bras, tête, tout le reste en somme. Un corps « pseudo-nu », dans une combinaison couleur chair, suivi d’un autre, puis d’encore un jusqu’à ce que six personnages soient présents, trois féminins, trois masculins. Ils évoluent dans un décor né en même temps qu’eux, forêt douce et légère tout autant que forte, puissante. Surprise, attente, nous sommes presque perdus, dans le meilleur sens du terme.
Ces corps vont s’approcher, se méfier ou se toucher, ils s’entraînent ailleurs pour mieux revenir. Tout sera grognements, combats ou alors de multiples inverses, danse, rebondissements en tous sens, haut et bas mais aussi ceux des questions, des recherches. Des corps qui vont nous montrer comment naît cette petite chose surprenante qu’est le désir, entre hommes et femmes mais pas seulement, l’homosexualité pouvant également montrer le bout de son nez. Le tout s’organise autour de plusieurs moments, ce que l’on imaginait être de la danse dans une première partie du spectacle va aussi prendre la parole, s’expliquer, ou tenter de le faire. Nos corps désirants, né du travail d’Élise Chatauret et de Thomas Pondevie tente d’être un dictionnaire visuel et sensuel, bien évidemment, du désir. Une encyclopédie même, pourquoi pas ?

Une première partie chorégraphiée par Sylvain Huc va, se déroule devant d’immenses panneaux textiles lancés d’un ciel inventé. Ils illustrent de quelle façon le désir, auquel on a envie de donner une belle majuscule, a ici pu trouver toutes ces façons de se représenter à travers la mythologie, la Bible, à travers la sculpture antique, la peinture. Des panneaux sur lesquels vont s’épouser Van Gogh et Rubens, dans tous les sens, ou pourquoi pas Walt Disney et Renoir, pour ne citer qu’eux. Une belle, parfois amusante mais très classique sélection, jaillissant sur le mouvement allegro de la Symphonie Héroïque de Beethoven. Il sera suivi par d’autres, comme ce cher Alain Souchon.
Ensuite, les six personnages vont prendre la parole, grâce à des entretiens sur ce mystérieux et complexe désir, qu’ils ont eu avec des jeunes et moins jeunes, sur la joie, le bonheur… Cette valse de souvenirs se déroulant en jouant avec un nichon géant et solitaire, une bite blanche géante et gonflée à bloc, cela va de soi, etc. Les éclats de rire jaillissent devant cette volonté de donner le maximum de clés pour s’approcher de ce si souvent lointain et curieux désir. Mot tentant, certes, mais complexe et pas si facile que ça à mettre en route.
Ce spectacle pourrait rester séduisant et ouvrir de multiples voies sur ce thème tentant et si complexe du désir. « Pourrait » parce que trois quarts d’heure aurait pu lui suffire pour qu’il nous amuse et nous informe, sans nous lasser. Une histoire de l’art se promène, joyeuse, oui et tant mieux, mais les rideaux géants tombent encore et encore. Comme si les quelques bonnes idées avaient eu celle, rebondissante, d’être utilisées non-stop… La fin grogne dans son coin et ne veut pas venir, se cache sous des répétitions, des silences. L’épuisement semble être dans la salle et non sur scène.
Nos corps désirants est décevant. L’idée est très bonne mais ne dépasse pas vraiment les frontières du « comme il faut ». On ne trouve pas de rythme véritable à ce spectacle. On a pu rire ici ou là, puis des questions comme, bus ou métro au retour, sont arrivées, même en face de six personnages remuants ou non, pour nous faire réfléchir, pour nous surprendre en passant au-dessus de nous, dans la salle. La séduction n’est pas complète en somme, le désir reste un peu plat.

Nos corps désirants, conception et mise en scène : Élise Chatauret
Conception et dramaturgie : Thomas Pondevie
Collaboration artistique et écriture chorégraphique : Sylvain Huc
Son : Jérôme Castel
Scénographie : Charles Chauvet
Construction du décor : Ateliers de la Comédie de Saint-Étienne
Lumières : Léa Maris
Costumigraphie : Noé Quilichini
Assistanat à la mise en scène, dramaturgie : Agathe Peyrard
Photos : © Christophe Raynaud de Lage
Avec : Justine Bachelet, François Clavier, Mamadou July Dialo, Solenne Kéravis, Juliette Plumecocq-Mech, Charles Zévaco
Du 31 octobre au 22 novembre 2026
Salle Serreau, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Durée estimée : 2h
Vendredi 6 novembre, représentation en audiodescription avec visite tactile
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservation : 01 43 28 36 36
www.la-tempete.fr
Tournée :
9 et 10 décembre 2026 : Les Quinconces & l’Espal, SN du Mans
13 au 16 janvier 2027 : La MAC, scène nationale de Créteil, en partenariat avec le TQI, CDN du Val de Marne
9 février 2027 : Équinoxe, scène nationale de Châteauroux
11 février 2027 : Théâtre d’Angoulême, scène nationale
16 et 17 février 2027 : CDN de Rouen Normandie
11 et 12 mars 2027 : MC2 Grenoble, scène nationale
17 mars 2027 : Théâtre de Nîmes, scène conventionnée
19 mars 27 : Le Théâtre Molière, scène nationale, Sète
24 mars 27 : Espaces pluriels, Pau

