Critique de Rachelle Dhéry -
Marthe : « Pourquoi tu as monté cette balançoire ? »
Louis : « J’aime ne tenir à rien. »
© Lot
L’histoire prend vie en Floride après la guerre de sécession. Marthe, une jeune et simple femme au foyer, et son mari Louis Laine, un jeune homme passionné, fougueux et encore très enfantin, vivent au bord de l’eau, dans une petite cabane. Louis a été engagé comme gardien de la propriété d’un riche américain Thomas Pollock Nageoire, marié à une ancienne actrice Léchy Elbernon. Thomas Pollock Nageoire va proposer à Louis d’acheter sa femme. Attiré par l’argent comme un jeune chien fou, Louis, pris dans les griffes de la star vieillissante, et en quête absolue de liberté, accepte. Marthe, enceinte, va tout faire pour conserver l’homme sauvage qu’elle aime désespérément. Mais le couple-araignée a tissé une dangereuse toile sur les jeunes gens. Seul le feu, seule la mort, viendront à bout de cette intrusion destructrice.
Thomas Pollock Nageoire : « N’ayez pas peur, elle joue. »
© Lot
Xavier Lemaire, à la fois comédien et metteur en scène, propose ici de mettre en scène la seconde version de L’échange (1951), qu’il qualifie de « plus essentielle, plus charnelle, plus joueuse, plus théâtrale, plus moderne ». Il entraîne à nouveau avec lui sa compagnie Les Larrons (qu’il a créée en 1992). Dans son œuvre, Paul Claudel (1868-1955) crée des personnages aux passions profondes, tous guidés par des volontés égoïstes, chacun à sa façon. La langue frôle la poésie parfois, tout en conservant une tendance réaliste. Mais c’est le lyrisme fort des monologues et des pensées avouées qui rappellent que l’on est au théâtre. Dans cette pièce, deux couples se font face, s’affrontent et se détruisent. Il y a un thème puissant. Une langue magnifique. Des personnages bouleversants. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour aboutir normalement à une pièce de théâtre inoubliable. Alors pourquoi, ici, la sauce n’a-t-elle pas pris ?
Comment peut-on expliquer un tel fiasco ?
Le bel emballage était tristement vide.
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Pourtant, le départ était rassurant: un décor en bois évoquant brillamment la nature, et cette belle cabane au bord de l’eau, près d’un ponton, bercée par les clapotis de l’eau ; des costumes très réussis. Soit, une ambiance visuelle, sonore et charnelle admirable. Cependant, dès les premiers dialogues, le feu s’éteint, les mots s’éloignent, avec l’émotion. Quel gâchis. Les comédiens ne ressentaient pas, donc ne transmettaient pas. Cela manquait de subtilité. Les regards au lointain ne se posaient nulle part, donc n’embarquaient pas. Et, sans émotion, pas d’attachement aux personnages, pas d’empathie dans leurs tragédies, pas de rire dans l’humour parfois sinistre et cruel de Claudel. Les larmes deviennent pathétiques et les caractères des personnages frôlent parfois le grotesque.
L’échange
De : Paul Claudel
Mise en scène : Xavier Lemaire
Avec : Isabelle Andréani, Grégori Baquet, Gaëlle Billaut-Danno, Xavier Lemaire
Décors : Caroline Mexme
Lumières : Didier Brun
Costumes : Virginie Houdinière
Musique : Régis Delbroucq
Assistant : Michaël GaudeulDu 19 mai au 3 juillet 2011
Théâtre Mouffetard
73 rue Mouffetard, Paris 5e
www.theatremouffetard.com
© Lot
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Bonjour,
Je n’ai pas encore vu le spectacle mais je compte, en revanche y aller demain. Je ne comprends pas l’agitation suscitée par l’article de Rachel, le but premier d’un site et forum internet ne doit-il pas être de tansmettre l’avis de ses membres? D’autant plus qu’elle ne fait part d’aucune méchanceté gratuite mais simplement de son sentiment et de son analyse personnelle de la représentation sans attaque qui semble gratuite.
L’attitude de Xavier Lemaire me déçoit quelque peu. La plus grande qualité d’un metteur en scène n’est-elle pas de savoir accepter les critiques et de s’en nourrir pour améliorer ce qui peut l’être? Ou tout du moins comprendre que l’on puisse ne pas apprécier le fruit du travail accompli, aussi difficile fusse-t-il à réaliser?
Auteure de cette critique, je tiens à préciser que mon but n’était ni de détruire, ni de haïr quiconque! D’ailleurs, je ne connaissais pas cette compagnie. Difficile de haïr sans connaître. Sachez que je me rends toujours au théâtre dans l’intention ferme de recevoir et d’apprécier. J’aime le théâtre. J’aime l’atmosphère, l’ivresse et le partage du théâtre. Mon intention n’est donc pas de détruire. Jamais. Par contre, je suis supposée faire une critique, non de ce que les autres ont perçu, mais de ce que moi, j’ai ressenti. Avec mon vécu, mon expérience, mon éducation, mes émotions. Ici, je ne dis aucun mal de la mise en scène, si vous lisez bien, au contraire, je la défends. C’est dans la transmission de l’émotion que le bât blesse, selon moi. Et ne vous en faîtes pas, ce n’est pas la seule critique. Il y en a eu et en aura d’autres, à ce que j’ai vu, très positives! Je suis convaincue que ce spectacle continuera longtemps d’être ovationné.
J’ai accompagné Rachelle Dhery à cette représentation et je dois avouer que j’avais une envie féroce de quitter la salle, mon dieu que nous étions loin de l’écriture et de l’univers dePaul Claudel! Tout d’abord il me semble que Marthe et Louis laine sont de jeunes gens ( je ne dis pas que les comédiens sont mauvais)quant à Lechy Elbernon et Thomas Pollock ( puisque polémique est lancée) ils m’ont semblé parodiques et m’ont même parfois donner envie de rire. Me revient en mémoire cette magnifique mise en scène de « L’échange » d’Antoine Vitez où tout à coup le texte nous arrivait en pleine poitrine… Bien sûr le théâtre est fragile… Mais n’est il pas fragilisé aussi par ce genre de spectacle… Quant aux bravos de première ? Combien d’amis dans la salle ?
Je suis d’accord avec les commentaires et en totale opposition avec votre article. Et sur le spectacle et sur l’émotion du public. Je ne nie pas que trois spectateurs aient quitté la salle en cours de représentation (mais ça arrive partout) mais que dire du public d’hier qui a applaudi longuement, et pour certains debout,la prestation remarquable des comédien(ne)s. La mise en scène m’a paru également subtile, esthétique et claire. La petite brume qui s’élève des marais est tout simplement à l’image du spectacle, poétique, légère mais annonciatrice de lourds malaises, envahissante. Quand au texte on ne redira pas la beauté de l’écriture claudelienne, c’est une pure merveille ciselée et servie de voix de maître par les comédien(ne)s. C’est un très beau spectacle à recommander.
bonjour,
Je suis allé voir le spectacle. Je n’ai pas du tout ressenti le fiasco. J’ai plutôt remarqué une salle à l’écoute, une ovation d’applaudissements. Je ne comprends pas votre critique si négative et virulente. Que vous ne soyez pas d’accord avec la mise en scène je peux le comprendre mais oubliez la belle réception du spectacle par le public est malhonnête. Les échos des gens autour de moi étaient plutôt très favorable malgré un texte très poétique qui peut être parfois inaccessible. Pour ma part, je conseille donc aux gens d’aller voir ce spectacle et de voir par eux même si fiasco il y a.
Je suis le metteur en scène de cet échange et je m’interroge sur le sens de cet article? Nous avons démarré la pièce, il y a une semaine, chaque soir le spectacle est ovationné et des dizaines de spectateurs nous attendent à la sortie pour nous faire part de leur émotion. Alors qui est « Rachel Dherry »?(cv,photo???…) qu’elle n’est pas aimé cet échange est son droit le plus strict et le plus libre, mais au moins qu’elle est l’honnêteté de relater l’ambiance de la salle. Enfin je m’interroge sur le sens d’un site qui se veut amateur de Théâtre(et bravo il en faut) et qui véhicule une petite chronique de haine ordinaire. Il y a quelques année ce genre de billet d’humeur restait périssable, mais le net a créé la presse radioactive qui ne s’oublie jamais! Aussi un journaliste doit avoir cette conscience de la nécessité. Le Théâtre est de plus en plus fragile, est ce bien nécessaire de le noyer davantage?
Nous n’avons pas du voir la même pièce…