Antiwords s’inspire d’Audience, une pièce de Vaclav Havel dans laquelle un intellectuel écrivain, Vanek, travaille comme brasseur, où il roule des fûts dans les caves. Il s’agit pour lui de faire « un stage de remise à niveau idéologique ». Le maître brasseur Sladek lui propose de le promouvoir au poste de magasinier, ce qui serait idéal pour lui, car il pourrait ainsi écrire ses pièces en toute tranquillité. Mais s’il veut exercer cette activité, il devra faire des rapports au maître brasseur qui lui-même doit rédiger des rapports sur Vanek à la police d’état, tâche contraignante pour lui. Situation sans issue et totalement absurde, la pièce se termine par les mots de Vaněk : « Tout ça, c’est de la merde ».

Petr Boháč et Miřenka Čechová simplifie l’argument :  un amateur de bière à la descente impressionnante en invite (de manière plutôt musclée) un autre (artiste persécuté) à s’enfiler des cannettes, qui ne partage pas son affection pour la bibine. Ce petit bijou d’humour noir sans paroles quasiment, basé sur les techniques du clown, du masque et de la danse-théâtre a fait le tour du monde en rendant célèbre la compagnie Spitfire. On comprend pourquoi en la voyant !  

La bière tchèque coule à flots et les deux interprètes féminines, affublés d’énormes masques vont s’enfiler un nombre impressionnant de bouteilles du breuvage houblonné …sans trucages, on a vérifié, un spectateur est invité à descendre une canette ! Un unique dialogue entre les deux acolytes ponctue les séquences « vous voulez une bière ? » et à chaque fois qu’un des deux va soulager sa vessie, il y a inversion des rôles. La comédienne qui interprétait le brasseur dominant devient l’intellectuel persécuté et vice versa.  Les deux performeuses sont prodigieuses, mixte de Buster Keaton et de Chaplin dans l’attitude effarée de l’intellectuel, tandis que le brasseur au poitrail de soulard ferait plutôt penser à Oliver Hardy.  Chaque bourrade musclée de l’un suscite l’effondrement physique et mental de l’autre qui n’a d’autre choix que de jouer le jeu de son partenaire. Au fur et à mesure la pauvre effigie de l’écrivain semble se rétrécir quand le brasseur roule les mécaniques, tous les deux finissent par tituber dans une pantomime digne de Charlot.

Sous la mousse comique, c’est du vitriol. Havel montre combien il est facile de changer de position et de retourner sa veste. Mais au final, fort et faible sont piégés à la même enseigne et tout ça, c’est vraiment de la merde !

On ne peut rêver plus bel hommage à l’homme de la Révolution de velours qui signa la Charte 77, le prisonnier politique dissident devenu président de la république, à son humour absurde qui nous enchante. Avignon acclame   et c’est amplement mérité, le brio, l’intelligence et la générosité de la compagnie tchèque. Ces enfants de la bale savent tout faire !!!!

Antiwords :Conception et mise en scène de Petr Boháč et Miřenka Čechová

Masques et scénographie : Paulina Skavova

Création Lumière : Martin Spetlik

Musique : Sivan Eldar

Photo : © DR      

Avec : Miřenka Čechová et Eva Stará, Jindřiška Křivánková et Michaela Hradecká

Du 5 au 21 juillet à 15h55
Jours impairs : Les 5, 7, 11, 13, 15, 17, 19, 21 juillet, départ navette 15h55, retour 16h15

Durée1h40 (trajet navette compris)

La Manufacture

Château de Saint-Chamand

3 avenue François Mauriac

84 000 Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71
Tournée : 
28 septembre : Belgrade, Serbie

23 octobre : Pacov, République Tchèque 14 novembre : Zvolen, Slovaquie
18-19 novembre : Dialogues Européens – face à la guerre, Rennes, France