C’est pas la mer à boire où la crise existentielle de Lila… Lila, de l’enfance à l’âge adulte et la recherche de sensations fortes, être « plus que » … Plus que femme, plus que mec, plus que tout plutôt que le vide, ne rien attendre d’autre qu’une liberté absolue avec pour mantra « C’est moi qui décide ». Seulement voilà Lila sombre, d’addiction en addiction, le « pas assez » devient le « trop plein ». L’adolescence est un terrain glissant où l’ivresse n’est pas qu’une métaphore. Teuf, alcool, beuh et bientôt cocaïne. Et les amours d’un soir, oubliées dans les brumes du matin, avant le grand amour, toxique et violent celui-là, auquel on s’accroche comme une addiction supplémentaire. Lila veut combler un vide mais ne fait que creuser chaque jour un peu plus ce gouffre dans lequel elle sombre. Une descente en enfer à ne souhaiter plus être qu’un caillou. Si la petite Lila rêvait de s’enfoncer dans les profondeurs de la mer, l’adulte se noie espérant un jour sortir la tête de l’eau.

Lila enfant, Lila adolescente, Lila adulte enfin c’est la formidable Blanche Sautou. Qui incarne aussi le père de Lila, les copines, son amant Flo… soit 13 personnages lesquels sur le plateau prennent vie aussi simplement que ça, un geste, une attitude, une voix. Blanche Sautou est une boule d’énergie, celle de son personnage qui entre sur scène avec fracas, roulades et galipettes, mais aussi celle de la comédienne qu’elle est, vive et résolue. Avec ça un sacré talent, un tempérament pourrait-on dire, qui vous tape à l’œil d’emblée, une formidable présence aussi, de celle qui vous happe,  naturelle et sans façon, un truc bien à elle d’occuper le plateau sans chichi, d’accrocher le public et la lumière pour vous embarquer fissa dans cette drôle d’histoire qui n’est pas seulement jouée, incarnée mais aussi chantée. Non pas avec un joli brin de voix, mais une vraie voix, travaillée, qui passe du jazz à la pop pour exprimer l’indicible des sentiments quand la parole s’évapore dans les vapeurs d’alcool et meurt du mal de vivre. Blanche Sautou détoure son personnage avec délicatesse, sans jugement ni morale, explorant les zones d’ombre d’un mal-être emportant Lila aux confins d’elle-même. Lila est drôle, fantasque, pathétique, désespérée, désespérante. Blanche Sautou dresse là un portrait sensible d’une femme dans le chaos et l’ivresse de sa vie où les paradis ne sont qu’artificiels mais évite avec justesse et raison l’écueil du pathos, du tragique. Rien de sombre, non, mais un clair-obscur, comme cette heure-bleue où les contours s’effacent pour que naissent les étoiles.

C’est pas la mer à boire, texte et interprétation de Blanche Sautou

Création lumière : Enzo Cescatti

Création musicale : Blanche Sautou et Illiès Makhlouf (Makhi)

Photo : © Andréa Villechange

Tous les jeudis jusqu’au 10 décembre, à 21h

Durée 1h15

Théâtre La Flèche

77 rue de Charonne

75011Paris

Réservations : 01 40 0970 40

info@theatredelafleche.fr