Critiques // « L’impardonnable revue » avec Michel Fau, mise en scène Emmanuel Daumas au Rond Point

« L’impardonnable revue » avec Michel Fau, mise en scène Emmanuel Daumas au Rond Point

Mai 31, 2010 | Aucun commentaire sur « L’impardonnable revue » avec Michel Fau, mise en scène Emmanuel Daumas au Rond Point

Critique de Denis Sanglard

Plumes, strass et paillettes

En 1996, se jouait La servante d’Olivier Py à la manufacture des œillets. 24h d’une création intense où Michel Fau jouait magistralement le rôle du Fou Tiroir. Au petit matin, alors que nous n’en étions qu’à la moitié du spectacle, quelques uns des spectateurs affamés, dont j’étais, se réfugièrent au troquet du coin pour un petit-déjeuner. Et là, stupeur de découvrir Michel Fau improvisant un cabaret sauvage où il bramait le répertoire de chanteuses réalistes. Je ne sais plus qui elles étaient mais s’affirmait là un goût prononcé pour la chanson populaire évident et déjà décalé dans l’interprétation.

© Brigitte Enguérand

Rien de plus normal donc de le retrouver aujourd’hui au Rond-Point en meneuse de revue. Et quelle revue ! Michel Fau est le digne héritier sans aucun doute de la Grande Eugène, cabaret de travesti où régna entre autre Jean-Claude Dreyfus sous le pseudonyme d’Erna von Scratch. Ou de Michel Serrault inoubliable grande Zaza à qui il rend un malicieux hommage.  Mais pas seulement ! Il renouvelle le genre en mêlant habilement le burlesque américain, ces revues féministes satyriques et politiquement incorrectes américaines qui mélangent strip-tease et numéro de cabaret dont Mae West fut la pionnière, avec le torch song. Le torch song adulé de la culture queer où les travestis américains chantent les plus grandes chansons d’amour américaine dans une incarnation mélodramatique.

Kitsch et populaire

Mais la force de Michel Fau dans ce qu’il veut être une pathétique revue est qu’il n’incarne pas. Il n’est pas travesti. Même couvert de strass, de paillettes et de plumes ou en simple costume noir il est toujours dans la citation, sans cesser d’être au premier degré, sincère jusqu’au bout de ses ongles peints. Ce qu’il partage de façon volontairement décalé et outrancier c’est son amour des chansons populaires et des femmes qui les chantent ou les chantèrent. Des meneuses de revues qui souvent furent aussi de grandes comédiennes. Comment ne pas songer à Arletty, oseille chez Rip entre les deux guerres et inoubliable Garance des Enfants du paradis ? A Cécile Sorel, Célimène au Français, descendant les escaliers du Casino de Paris dés 1934 ? A Jacqueline Maillan ? Pour ma part dans son interprétation hilarante de Quelqu’un m’a dit de Carla Bruni j’ai soudain vu Marie Bell atteinte d‘aphonie…Dans le choix des chansons, aussi kitschs soient elles, et ici le choix est gratiné, il montre néanmoins qu’il y a une vérité. Et qu’il n’y a pas que Racine pour exprimer les sentiments amoureux les plus nobles. La chanson populaire au moins touche-t-elle tout le monde dans sa vérité.

© Brigitte Enguérand

Grande dame de la chanson française

Si on hurle de rire ce n’est jamais ridicule. Michel Fau ne l’est jamais, toujours juste mais en complet décalage en reprenant les trucs et les tics du genre et en restant lui-même. C’est un clown, un vrai. Et son amour de la revue, du Crazy-Horse (Je crois que la reprise d’une chorégraphie de Lova Moor, pionnière ici de l’amour au téléphone, restera dans les mémoires.) au Casino de Paris (Ah la descente de l’escalier !) lui permet justement de grossir le trait sans trahir nullement. Nous sommes dans une parodie généreuse. Ainsi pour exemple le strip-tease de Delphine Beaulieu, la girl qui l’accompagne, sur La vie en rose chantée en japonais (sic) par Line Renaud (resic) repris à l’identique par Michel Fau montre volontairement les limites du genre. C’est d’ailleurs en se dépouillant au fur et à mesure de cette impardonnable  revue des accessoires inhérents au genre pour ne finir vêtu que d’un costume noir et au pied des escaliers (escabeau serait le terme le plus approprié) que Michel Fau atteint quelque chose de merveilleux et rare. Il démontre que la chanson populaire tient surtout à l’interprétation et la personnalité de celles qui créèrent ces monuments kitschs. C’est une création qui pourrait sembler parodique mais sous son masque d’Auguste Michel Fau démontre combien cela résiste à tout traitement irrévérencieux. Même si l’on est plié de rire à la reprise française, créée par Mireille Mathieu, d’un tube d’Abba, force est de constater que cela tient le choc. On atteint au sublime dans le pathétique. D’où le rire énorme qui secoue la salle pendant plus d’une heure. Michel Fau est un grand acteur, on le savait, mais il est désormais aussi une grande dame de la chanson française.

L’impardonnable revue
pathétique et dégradante de Monsieur Fau

Mise en scène : Emmanuel Daumas
Avec : Michel Fau
Danseurs : Delphine Beaulieu Joël Lancelot
Arrangements : Camille Germser
Lumières : Bruno Marsol
Robes : David Belugou
Maquillage : Laura Ozier, réalisé par Elodie Martin
Texte d’ouverture : Jean-Michel Ribes

Du 28 mai au 27 juin 2010

Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D.Roosevelt, 75 008 Paris
www.theatredurondpoint.fr

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