À l'affiche, Critiques // Les Trois sœurs, de Simon Stone d’après Anton Tchekhov, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Les Trois sœurs, de Simon Stone d’après Anton Tchekhov, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Nov 13, 2017 | Commentaires fermés sur Les Trois sœurs, de Simon Stone d’après Anton Tchekhov, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

ƒ article de Denis Sanglard

Les Trois sœurs de Simon Stone d’après Tchekhov. De et non d’après… Nuance importante. Car Simon Stone empoigne sèchement Tchekhov, réécrit l’œuvre, la fait sienne, l’actualise à outrance… (Et supprime l’acte trois résumé en quelques répliques). On oublie Moscou, nous sommes aux Etats-Unis. On rêve de New-York. Fini l’exil en province, la maison est une villégiature, maison de vacances où l’on se retrouve, exacerbant les désillusions des trois sœurs, cristallisant le temps d’un séjour les tensions sourdes entre les personnages. On ne parle plus chez Simon Stone d’un futur possible, mais d’un passé révolu. Ce à quoi les trois sœurs rêvent d’échapper devient dans cette version ce qu’elles souhaitent retrouver. Simon Stone certes garde la trame narrative, s’en inspire plus exactement, mais inverse les perspectives. La désillusion a remplacé la nostalgie. Seulement, à trop lessiver à grande eau l’œuvre originale, cette dernière perd ses couleurs et ses nuances. Au risque du contre-sens. Les personnages eux-mêmes semblent comme vidés de leur substance, réduits à des caractères stéréotypés, désincarnés. On penche dangereusement vers le boulevard. Ou de la comédie américaine version Cassavetes. Un comble. Effet renforcé par la scénographie, une maison aux larges baies vitrées, laquelle ne cesse de tourner, où les personnages s’agitent, s’activent et se dépensent en des tâches banales et quotidiennes, vont et viennent d’un étage à l’autre, cherchent le plus souvent à s’isoler malgré la promiscuité. Un confinement, malgré la grande fluidité des déplacements et des échanges, qui rend leur vacuité plus que leur solitude criante. Cette agitation qui fait sens dans Tchekhov, comblant l’ennui provincial, devient banalité volontaire et accentuée, vidée de toute interprétation, épuisant au final la pièce, les personnages, les spectateurs. Tout cela semble tourner à vide. Le spectateur seul ayant une vision d’ensemble, entre focus (dans les toilettes entre autre, lieu stratégique) et plan plus large. Cependant on peine à s’attacher à chacun des personnages, malgré l’énergie et le talent des comédiens – Amira Casar et Céline Sallette en tête -, tant le débit imposé (ça va vite, très vite) autant que leur agitation quasi sans repos, et surtout l’adaptation abrasive, donne si peu à voir de leur complexité, de leurs profondeurs, de leur nostalgie. Simon Stone ne fait qu’esquisser à grand traits les personnages, devenus des trentenaires désabusés de l’ère Trump, entre alcool, dope et sexe. Et privés de cet exil provincial dans lequel Tchekhov enfermait les trois sœurs, on ne comprend au final pas grand-chose de leur mal-être, de leur frustration dont on finit par se désintéresser. Et le suicide qui clôt la pièce incompréhensible de fait, tient plus du fait divers que de la tragédie… Toute adaptation est trahison. Celle de Simon Stone ne faillit pas à la règle. Mais nous aurions aimé, sans être puriste, un peu plus de Tchekhov et un peu moins de Simon Stone.

Les Trois sœurs, un spectacle de Simon Stone d’après Anton Tchekhov

Avec Jean baptiste Anoumon, Assad Bouab, Eric Caravaca, Amira casar, Servane Ducorps, Eloïse Mignon, Laurent Papot, Frédéric Pierrot, Celine Sallette, Assane Timbo, Thibault Vinçon

Traduction française Robin Ormond
Décors Lizzie Clachan
Costumes mel page
Musique Stéphane Gregory
Lumière Cornelius Hunziker
Création française d’après la production originale du Theater Basel (créée le 10 décembre 2016 en version allemande)

Du 10 novembre au 22 décembre 2017
Du mardi au samedi à 20h, dimanche 15h

Odéon-Théâtre de l’Europe
Théâtre de l’odéon
Place de l’Odéon
75006 Paris

Réservations 01 44 85 40 40

www.theatre-odeon.eu

Tournée 2018 :
Du 8 au 17 janvier TNP Villeurbanne
Du 23 janvier au 26 janvier Teatro Stabile, Turin
Du 1er au 3 février DeSingel, Anvers
Le 16 et 17 février Le Quai, Angers

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