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Les Os noirs, mise en scène et chorégraphie de Phia Ménard, au Montfort / Théâtre de la ville hors les murs

Avr 03, 2018 | Commentaires fermés sur Les Os noirs, mise en scène et chorégraphie de Phia Ménard, au Montfort / Théâtre de la ville hors les murs

© Jean-Luc Beaujault

ƒƒƒ article de Denis Sanglard

Phia Menard plonge dans notre inconscient le plus tragique, transcende nos pulsions les plus secrètes. Les Os noirs, pièce sur le vent et le suicide, est dans sa noirceur d’une beauté sublime et irradiée. C’est une traversée, comme toujours avec cette artiste protéiforme, de la matière. Matière brute, plastique, métallique, organique, sonore… mouvante et sculptant l’espace, métamorphosant les corps à qui elle donne une impulsion étrange et fatale. Espace impossible qui vous noie, vous broie, vous happe, vous crame. Nulle échappatoire. Autant de paysages cauchemardesques impressionnants parcourus successivement comme les cercles de l’enfer pour aboutir au centre névralgique de la douleur, cœur battant et brûlant d’une souffrance la plus nue, l’amour qui consume. Une fournaise au centre des enfers qui vous carbonise définitivement. Pièce pour une marionnettiste ventriloque, Chloé Sanchez, qui n’a pour tout dialogue qu’une poignée de cris déchirants répétés, des grognements, un souffle qui se cherche et des lambeaux de poèmes balbutiés et que siffle et râle en continue un vent furieux, écho ravageur d’une tempête intérieure qui tourbillonne et cogne salement aux tempes. Phia Ménard signe un cauchemar éveillé où la rédemption, comme un ultime sursaut, précède la chute dans le vide. Un saut de l’ange aux ailes rongées, sans volonté d’espoir. Nulle explication donnée au geste fatal, juste l’instant qui le précède dans son mystère, son incompréhensible et fascinant rituel. Pas de folie furieuse, de drames noueux, d’explication bavarde, mais une étrange douceur qui dit le consentement, la mort volontaire et accueillie, désamorce le tragique. Comme ce tout premier tableau, bouleversant, où la houle berce dans le fracas celle qu’elle noie et qui consent à être engloutie dans les flots. Et nous sommes abasourdis, bouleversés par un dernier geste de la main, un délicat et fugitif adieu qu’une ultime vague englouti. Tout nageur est déjà un noyé*. Et c’est bien ce qui se cache profondément en chacun de nous, au-delà des apparences données, que débusque avec sensibilité et grande poésie Phia Ménard. Ou plus loin cette valse répétée et chaotique avant le saut ultime où Chloé Sanchez n’est plus bientôt qu’un pantin épuisé, une marionnette désaccordée avant de se reprendre et de franchir brutalement l’irréparable. Fascinés nous sommes au long de ce magnifique poème en clair-obscur, anthracite et mat, où la lumière est absorbée définitivement par l’obscurité propice aux mystères, aux songes et projets les plus sombres, la mort volontaire une transfiguration absolue de l’être, la manifestation d’une liberté inconditionnelle.
*Jacques Prévert

Les Os noirs, idée originale, dramaturgie, mise en scène et scénographie Phia Ménard
Assistant à l’écriture et dramaturgie Jean-Luc Beaujault

Interprétation Chloé Sanchez

Composition sonore et régie son Ivan Roussel
Création lumière et régie lumière Olivier Tessier
Création costumes Fabrice Ilia Leroy
Création machinerie et régie générale plateau Pierre Blanchet assisté de Mateo Provost
Construction décor et accessoires Philippe Ragot

Du 29 mars au 14 avril 2018 à 20h30

Théâtre Montfort / avec le Théâtre de la Ville hors les murs
106 rue Brancion
75015 Paris

Réservations 01 56 08 33 88
www.lemonfort.fr

Réservations Théâtre de la ville 01 42 74 22 77
www.theatredelaville.com

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