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Critique • « Déjà là » d’Arnaud Michniak au Théâtre de la Colline

jan 21, 2012 | 13 commentaires

Critique de Bruno Deslot -

Une histoire dérobée pour un passé déjà en construction !

Arnaud Michniak et ses comédiens ont préféré la rue à la table comme point de départ pour la réalisation « d’un projet qui a une très grosse envie de réel. » Démunis face à une réalité qui leur échappe lors d’une nuit improbable, eux sont Déjà là.

Entretiens filmés avec le quidam et improvisations à partir de bribes de textes de l’auteur, l’énonciation traditionnelle emprunte des chemins de traverse avant de livrer une écriture de plateau surprenante et inattendue pour dire ce qu’il semble impossible à exprimer.
Un état d’urgence, une situation de crise s’ourdit dès les premières images projetées sur un rideau de scène transparent, derrière lequel les comédiens errent entre bouteilles de bière consommées, chaises renversées, sol jonché de journaux… En off, une voix féminine, à la fois douce et grave, accompagne les images balayant l’avant-scène plongée dans une semi-obscurité. Des tours d’immeuble aux fenêtres closes, des visages suggérés, des bandes armées…donnent le ton à cette proposition détonante, sous pression, prête à exploser comme une bombe à retardement. Bientôt, les comédiens livrés à eux-mêmes, dans une arène où les combats s’annoncent féroces, lâchent en rafales « Nous ne sommes pas des mutants ! » La soirée est tendue, la nuit s’annonce sans préalable, les quatre comédiens basculent dans la déraison, la lamentation, le procès d’intention, la révolte, la résistance…autant d’intentions que la musique, rythmant les différents tableaux, exprime elle aussi de manière chorale et à la fois dans une unité absolue. Grande complexité de la pièce : quel est le sujet ? De quoi parle-t-on ? Pourquoi ? Comment ? Autant d’interrogations auxquelles se heurtent les quatre comédiens durant 1h30.
Des conversations absurdes, dans la première partie de la pièce, inscrivent les protagonistes dans une incapacité à dialoguer. Dans une série de contradictions assez troublantes parce qu’absurdes, le langage semble prendre le pas sur un échange réel, plus proche d’eux, de ce qu’ils sont, étaient, ou pourraient être. Comme dépossédés de leur humanité, la stratégie de l’intimidation, des règles, chiffres, valeurs, preuves…prend rapidement place. Plus on avance dans la nuit et plus les propos sont acerbes, corrosifs, troublants et dérangeants…un rapt, voilà ce à quoi on assiste. Ce n’est pas le rapt de Ganymède, mais bien celui de toute une génération prise dans le tourbillon de la dépossession, d’une tentative vertigineuse de faire parler la vie.
Invectivant en force des répliques explosives ou au contraire accusant désormais une réalité à laquelle ils se soumettent, les quatre comédiens sont happés dans la spirale infernale d’un histoire dérobée. Acculés au chaos de leur existence, une lueur d’espoir fait place à une autre crise : celle de deux personnes qui cherchent à s’aimer. Symbole d’une mutation au sein du groupe, leur relation constitue un premier pas vers eux-mêmes, vers le regard de l’autre…sans doute vers l’acceptation ! Un groupe apparemment uni qui se disloque avec le départ d’une des leurs, pour se ré-articuler autour d’un homme et d’une femme cherchant à s’aimer, et mieux se retrouver avec le retour de la disparue. Segmentation temporelle d’une nuit étouffante, révélatrice d’une tension toujours plus palpable et s’exprimant dans une urgence à dire : longue traversée du désert, symbole d’une vie !
Les quatre comédiens bougent des panneaux amovibles pour structurer l’espace scénique et circonscrire leurs échanges selon une scénographie qui annonce un désastre à venir. La musique électronique s’apparente à une succession de chocs sismiques, ébranlant le Petit Théâtre de la Colline.
Déjà là, dérange, interroge, trouble et invite le spectateur à une réflexion au long cours sur le vivre ensemble… et sans doute sur le vivre tout simplement !

Déjà là
Texte : Arnaud Michniak, à partir d’entretiens et d’improvisations
Mise en scène et scénographie : Aurélia Guillet
Avec : Maud Hufnagel, Judith Morisseau, Laurent Papot, Hakim Romatif Lumières : Camille Faure
Création sonore : Céline Seignez
Musique originale et sons additionnels : Arnaud Michniak
Montage vidéo : Flore Guillet
Costumes : Nicolas Gueniau

Du 19 janvier au 18 février 2012
Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h, le dimanche à 16h

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, Paris 20e
M° Gambetta — Réservations 01 44 62 52 52
www.colline.fr

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13 Responses to " Critique • « Déjà là » d’Arnaud Michniak au Théâtre de la Colline "

  1. et oui ! dit :

    Parler de quelque chose qu’on a pas vu, c’est facile…
    quand on ne comprend rien, c’est rien, la voie ouverte à ne pas réfléchir et juger sommairement.
    Mettre en jeu une perception, c’est peut-être ça qu’il faut juste laisser faire.

  2. rien dit :

    Le théâtre ça commence avec un texte, depuis quand ?
    les images, ça devrait se comprendre…
    et faire avec ce qui ne se dit pas, ce n’est pas le propre de l’art
    et le propre de la connerie d’asséner des vérités sans le moindre doute
    si quelque chose s’exprime dans ce spectacle, c’est l’incertitude comme arme
    on n’en serait pas là historiquement si un tout petit peu d’ouverture d’esprit se communiquerait

  3. Arthur dit :

    Je n’ai pas vu cette pièce mais j’étais (je suis toujours d’ailleurs) un grand admirateur des premiers textes de Michniak, pour Diabologum et Programme. Des formules, une ambiance… justes et parfaits, qui mettaient des mots sur l’époque, sur des sentiments flous mais partagés par beaucoup… et qui libéraient aussi de pas mal d’illusions entretenues par un milieu culturel « gauche caviar » ! Sans parler d’intuitions et de fulgurances qui vont bien au delà de la pensée socio-politique.
    Ce sont des textes qui m’ont beaucoup fait avancer intellectuellement, et je sais que je ne suis pas le seul…

    Et puis après… ben plus rien. Un album solo Poing perdu, anecdotique, aux textes creux et maladroits… Un dvd Appel ça comme tu veux, tout aussi creux et vide… et un nouvel album de Programme Agent Réel… dont le titre fait sourire tellement il n’exprime rien qui corresponde à quoi que ce soit de réel, et dont les messages sont incompréhensibles si on ne connaît pas le parcours du bonhomme.
    Et apparemment, ce spectacle est dans la même veine…

    Un poète est mort quoi. Et un n-ième « artiste contemporain » est né.

    Si Michniak lit ces lignes un jour, j’aimerais lui rappeler ce qu’il a écrit il y a des années : « Rien à gagner ici, la pose d’avant-garde cassera les prix, mais jamais l’ambiance… »

  4. g. dit :

    Le théâtre ça commence avec un texte.
    Le problème (comme dit Monsieur Plouf) c’est que sont cités dans le programme John Cassavetes, Lou Reed, Georges Didi-Huberman, Joëlle Léandre (la contrebassiste ?), Georges Bataille, René Char et ça fait vraiment beaucoup de grands esprits pour envelopper un texte d’une pauvreté affligeante servi par une mise en scène ultra convenue, deux comédiens sur quatre qui n’ont aucune présence le tout dans une scéno-décor design avec lumières chiadées.
    Rien ne va, ne prend, tout sonne faux.
    Comme l’auteur écrit par formules lapidaires, souvent hurlées (ouais, « on est des mutants », OK on a compris, comme si l’histoire de l’Humanité n’était pas en perpétuel mouvement) son texte n’a aucun poids. Quand il y a autant de micros, de vidéos, d’effets idiots (ça veut dire quoi le verre qui explose tourt seul?)
    on se dit qu’il n’y a pas grand chose à sauver de ce fatras prétentieux et vain. Les comédiennes.
    Dans une chanson de 3 minutes des Clash il y a plus que dans cette pièce d’1h 20. Pénible.

  5. Fort bien! Déjà là? Non. Enfin ailleurs! Oui! Bon courage!

  6. hold dit :

    Autant il est simple de toucher les esprits ouverts et la politique n’a rien à voir avec çà (je la laisse aux professionnels et ils sont assez nombreux)autant il est impossible ,même au plus fin des limiers, de convaincre les imbéciles.
    La parole est d’argent et le silence est d’or.
    Donc rideau.
    Suite et FIN (des fois que vous n’auriez pas compris).

  7. Hihihi vous êtes drôle, vous alors! La vérité…! La vérité? La vérité de quoi? La vérité d’un manque total d’imagination, d’envie, d’audace! Vous croyez à ce point avoir affaire à des génies avec cet écrivain et cette metteuse en scène? Vous y croyez vraiment? Des Jean-Jacques Rousseau et des Picasso, comme vous dites? Mais enfin! C’est le théâtre le plus pénible du moment! Je vous jure, vous vous méprenez. Ce n’est pas parce qu’on se réclame de grands artistes à coup de citations dans le programme qu’on produit forcément un spectacle de grande qualité, cela ne va pas de soi, comme ça, non non! Ce n’est pas parce qu’on pose un cartel grandiloquent sous une toile ratée qu’on se retrouve d’un seul coup face à un chef d’oeuvre!
    Je vous souhaite de tout coeur d’en croiser pour de vrai, des chefs d’oeuvre de théâtre, c’est pas tous les jours, c’est vrai, mais ça existe, vous verrez, alors vous vous direz quelque chose comme « ouh-pu-tain! » quand vous vous rendrez compte des oeillères que vous portiez auparavant, lorsque vous kiffiez votre race devant cette pièce idiote et ennuyeuse.

  8. et oui ! dit :

    c’est bien là la vraie question aujourd’hui !! a vous de savoir si la vérité est sérieuse ou pas !

  9. Hihi! Je ne parviens pas à comprendre si vous plaisantez ou bien si vous êtes sérieux?

  10. hold dit :

    Ah ! combien il est dur de comprendre la vrai création, Molière en avait fait les frais à son époque comme Picasso et tant d’autres.
    Si on ne veut pas prendre de risques on reste devant sa télé à zapper devant les chansons de Claude François et tout les programmes vus et revus.Lachez un peu la télécommande çà fait du bien et sortez prendre l’air.

  11. Les Lumières? Jean-Jacques Rousseau?!
    Et Jean-Marie Bigard, c’est le fils de Molière?

  12. hold dit :

    Ô rage Ô désespoir, éternelle querelle des anciens et des modernes, le Grand Arnaud ,au pardon,le Grand Arnauld avait réussi quelque peu à les réconcilier.
    Ces quadras finalement sont bien sympatiques et proches des enfants des Lumières, accoucheront-ils d’un Jean-Jacques Rousseau ?A suivre.

  13. Un spectacle d’une péniblerie éprouvante, et qui suit la petite recette du théâtre contemporain feignasse (« tiens on va faire une scénographie avec des grands panneaux gris qu’on pourra bouger nous-mêmes de temps en temps » « tiens on va mettre du rock and roll sur le moment vidéo » « tiens on va faire quelques séquences de danse-mouvement au ralenti pour montrer l’angoisse de la société à travers nos corps individuels » « tiens on va tous dire des textes au micro en même temps / Ah bon mais pourquoi en même temps, ça va être relou non? / Non non c’est comme de la poésie sonore c’est bien et pis tiens on va montrer un petit bout de nichon aussi à un moment, je pense que ça ira bien avec le morceau de piano de phillip glass du début » etc etc )
    Le propos, que l’on attendait politique vu le programme, vu le texte du programme, et vu les entretiens avec l’auteur et tutti quanti (passons sur les citations de Genet et Bataille qui doivent en être encore’ tout retournés), se retrouve complètement dilué dans une espèce de dialogue abscons (pour un théâtre qui se veut « du réel », on repassera) que les acteurs vocifèrent (pour faire croire qu’il se passe quelque chose et pour réveiller les spectateurs endormis) ou chuchotent au micro, au choix.
    Un théâtre tout gris, tout mort, tout triste, tout feignant, et tout enrobé d’un discours intellectuel tentant de noyer le poisson. Mais, hélas, le poisson n’est pas si facile à noyer, mine de rien, et soit il s’endort, soit il fuit, soit il s’énerve.
    Le pire dans tout ça, c’est que le propos ne vole pas plus haut, finalement, que quelque chose du genre: la société de consommation c’est pas bien et ça nous angoisse. Et avec ça, on veut nous faire croire qu’il est normal de faire un théâtre mort pour parler d’une société moribonde! Mais pour bouger le cul de la société par le théâtre, faut peut être d’abord penser à bouger le cul du théâtre!
    Là on est face à du re-sucé de théâtre à papa: c’est déprimant. Et ça se veut générationnel en plus (genre: on est tous nés dans les années 1970, on parle de nous). Générationnel, encore un concept fort intéressant. Et puis si c’est ça le théâtre des mecs de 40 piges aujourd’hui, alors concentrons nos soirées sur les très vieux metteurs en scène ou les très jeunes auteurs…

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