Critiques // Critique • “Elisabeth ou l’Equité” d’Éric Reinhardt au Rond Point

Critique • “Elisabeth ou l’Equité” d’Éric Reinhardt au Rond Point

Nov 14, 2013 | Aucun commentaire sur Critique • “Elisabeth ou l’Equité” d’Éric Reinhardt au Rond Point

ƒƒ critique Denis Sanglard

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© Giovanni Cittadini Cesi

« Elisabeth ou l’Equité » n’est pas seulement le récit d’un conflit social, entre l’intérêt d’actionnaires d’un fond de pension américain et l’intérêt de salariés français d’une  entreprise vouée à la fermeture. C’est toute la mécanique outrancière d’un certain capitalisme financier où prévaut l’actionnaire au détriment du salarié qui est dénoncé. Entre l’abstraction de la finance et la réalité du travail. Un système aveugle qui broie l’individu y compris celui qui le sert. Dont Elisabeth, la DRH du groupe chargée de liquider l’entreprise. Manipulée par son directeur, manipulée par les syndicats, sa chute n’est que le symptôme de la violence d’un système brutale et cynique. Mais la pièce d’Eric Reinhardt est aussi l’histoire d’une résilience. Broyée, humiliée, lynchée par la presse, Elisabeth Basilico se dessille et paradoxalement retrouve un équilibre, redonne du sens à sa vie.

Frédéric Fisbach, qui a commandé ce texte dense à Eric Reinhardt, signe une mise en scène réussie mais qui manquant un tantinet de nerf, finit par diluer notre attention. Et comme pour appuyer sa démonstration, il insiste sur la théâtralité et dévoile les coulisses. Ainsi voit on les acteurs rester sur le bord du plateau, se changer, préparer les accessoires. Cette mise en abyme (le monde de l’entreprise est un vaste théâtre) a tendance à nous distraire. Un effet sans doute inutile tant le texte et la mise en scène stricto-sensu de ce dernier se suffisent à eux-mêmes. Comme les changements à vue qui parfois obligent à quelques scène muettes inutiles et alourdissent encore le rythme déjà singulièrement épais.    Ces réserves mises à part l’engagement de Frédéric Fisbach envers ce texte balaie toute prévention. Si cela manque de nerf cela ne manque pas de moelle. Les interprètes sont dirigés au cordeau. Anne Consigny (Elisabeth) et Gérard Watkins (Denis Dubreuil, le syndicaliste) en tête. Anne Consigny dessine une DRH dont les idéaux se sont évaporés devant ses responsabilités, partagée entre deux réalités qui s’affrontent et que, lucide, elle sait irréconciliables. Un jeu sensible tout en nuance qui n’évite pas les ambiguïté de son personnage. Un portrait de femme happée par une société qui signe sa réussite et inscrit en même temps sa perte. Cette perte qui redonne finalement tout son sens à une existence volontairement aveugle. Anne Consigny est formidable parce qu’elle ne fait pas d’Elisabeth une virago, une exécutive-woman implacable. La confrontation avec le président Peter Dollan (D.J. Mendel) pour liquider l’entreprise, marque les fragilités, les failles de cette femme et les lambeaux humanistes qui trainent encore en elle confrontés à une logique financière sans concession. Anne Consigny éclaire ici son personnage de façon subtile où l’on voit les premières fêlures apparaître, les premiers doutes surgir derrière le discours technique.  Les certitudes d’Élisabeth s’effondrent doucement, sans bruit, de l’intérieur, et c’est ce qu’Anne Consigny dévoile peu à peu. Gérard Watkins est un syndicaliste roué et matois. Drôle certes mais impitoyable, ambitieux et manipulateur. Il donne à son personnage une épaisseur sans manichéisme. Leur confrontation, comme leur complicité, donnent tout son sel à cette tragi-comédie. C’est d’ailleurs la force du texte d’Eric Reinhardt d’éviter tout manichéisme et de rester dans la logique du conflit et de chaque partie avec ses enjeux propres où l’important est de limiter la casse que l’on sait , des deux côtés, de toute façon irrémédiable.

(« Élisabeth ou l’Equité »  est joué au même moment et dans le même théâtre que « Chapitres de la Chute, saga des Lehman Brothers » de Stefano Massini. Deux créations, deux volets qui se répondent où la première création n’est que le prolongement et les conséquences de la seconde. )
 
Elisabeth ou l’Equité

D’Eric Reinhardt
Mise en scène de Frédéric Fisbach
Avec: Valérie Blanchon, Anne Consigny, Madalina Constantin, Alexis Fichet, Frédéric Fisbach, DJ Mendel, Benoit Résillot, Gérard Watkins
Scénographie, lumière, costumes:  Laurent P. Berger
Vidéo:  Pierre Nouvel Assistante costumes: Elisabeth Jacques
Assistant à la mise en scène:  Alexis Fichet  

Jusqu’ au 8 décembre 2013 À 21h – Dimanche 15h – Samedi 16 et 23 novembre 17h30 et 21h – Relâche les lundis et les 17 et 19 novembre

Théâtre du Rond-Point
Salle Renaud-Barrault
 
2bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris
Métro : Franklin Roosevelt
Réservations 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr
 

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