Jean Bellorini offre, avec Le Petit Prince, d’après le roman d’Antoine de Saint-Exupéry, une soirée frôlant la fascination. Le Petit Prince, tout le monde dit le connaître sur le bout des doigts. Est-ce vrai ? Oui, c’est un ouvrage dont la publication mondiale est une des plus importantes, il traînait chez nos grands-parents et on a dû le lire, il y a longtemps. Nous en souvenons-nous vraiment très clairement ? Oui, un pilote paumé dans un nul part désert rencontre un petit prince qui lui demande de lui dessiner un mouton. Et ensuite ? Et vraiment, que se disent-ils d’autre ? C’est ce que Jean Bellorini, avec François Deblock, le pilote, vont nous remettre en tête avec le concours brillant des musiciens du Yang Hua Theatre, de Beijing.

La création de ce spectacle a eu lieu en novembre dernier à Wuhan, en Chine et c’est la première fois qu’il est présenté en France. Le Petit Prince est ici un mélange de textes, de musique, de chants et est bilingue, franco-chinois. Le pilote est entouré, bien évidemment du Petit Prince, un petit prince chinois, puis de la rose, du renard, et de tous ces autres personnages, jusqu’à un fabuleux gamin de cinq ans (pour de vrai), mais qui sont avant tout ici des musiciens, des chanteurs de la scène musicale indépendante chinoise. Toute cette équipe nous emporte en un rien de temps. Deux heures ? À bon ? La peur au tout début que la fascination ne se mette pas en place s’est envolée, amusée. Nous sommes bouche bée, déjà Le Petit Prince avec des sous-titres franco-chinois, on n’y aurait pas forcément cru il y a trente ans, il y a deux jours. Là, il faut tourner la tête à droite ou à gauche pour suivre les « surtitres », la traduction des échanges au sujet du mouton, bien dessiné ou non. Mais nous restons très vite sur scène, comme si nous comprenions peu à peu le chinois. Nous pouvions être dubitatifs quant à ces chansons qui viendraient s’installer un peu partout ? Pas de doute non plus, cette équipe formidable nous y attache véritablement. Musique excellente et des voix parfaites. Une perfection s’échange, concerts et théâtre s’épousent. Des univers sont créés, des images naissent, nous ne sommes plus au théâtre mais en cachette, tout près du vrai Petit Prince un peu paumé. Lui, pas nous. Le texte est sans doute légèrement réduit, allez savoir, mais tout fonctionne. On écoute, on lit, on plonge sans bruit dans cette histoire face à laquelle fraternité, paix et haine se reflètent. Que dit la rose ? Qui est ce petit prince ? Images d’un désir de Paix. On a pu s’interroger sur ses orientations politiques. Ah ? Étions-nous en France en 1940, année de l’écriture de ce livre ? La première parution a eu lieu en 1945. Est-ce vraiment cette image qui s’élève de ce spectacle, de ce texte ? Non. C’est plutôt un désir de paix, de mains tendues pour tenter que tout s’arrange qui se déroule là. Ces musiciens et musiciennes devenues en plus comédiens et comédiennes s’en tirent parfaitement, c’est même étrange de les croiser ensuite, visages, silhouettes, voix ne sont plus les mêmes. Jeu excellent donc.

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Un bon sujet dans la période que nous traversons. Mais ce spectacle nous fait indubitablement réfléchir sur nous-mêmes, sur ces choses étranges qui nous entourent et qu’on nomme curieusement « les autres ». Ils nous surprennent ? Mais les connaissons-nous vraiment ? Nous les regardons ou nous les voyons ? Comment mieux nous y prendre pour que ce que nous vivons, avec nos roses à nous se déroule mieux ? Ce spectacle de Jean Bellorini donne déjà envie de relire ce roman d’Antoine de Saint-Exupéry, et aussi de l’offrir. À des gamins ou pas.  

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Le Petit Prince, d’après le roman d’Antoine de Saint-Exupéry

Mise en scène et adaptation : Jean Bellorini avec Yang Hua Theatre

Avec Fraçois Deblock, Xue Fei, Li Yichen en alternance avec Zhai Youchen et Jin Zhenhe en alternance avec Zhang Hao Tong

Musique et chant : Chen Min hua, Zhon Lifeng, Xiaoliu, Fanqing

Direction artistique : Wang Keran

Collaboration artistique : Anaïs Martane

Mise en scène de reprise : Ray Zhang

Assistanat à la mise en scène : Zhou Jingyi

Traduction : Ma Zhencheng

Conseiller en poésie : Dong Qiang

Scénographie : Jean Bellorini, Li Geng

Lumière : Jean Bellorini

Musique originale : Clément Griffault, Jean Bellorini, Zhong Lifeng, Xiaoliu, Fanqing

Direction musicale : Clément Griffault, Jean Bellorini

Costumes : Fanny Brouste

Planification : Guo Wenpeng, Kan Lingyun

Supervision : Zhang Chaohui, He Mi, You Guoliang, Wang Chunyang

Création les 15 et 16 novembre 2025 à Wuhan (Chine)

Spectacle en français et mandarin surtitré en français

Partenariat culturel avec Centre de l’héritage de la culture traditionnelle de l’art dramatique chinois du ministère de l’Education ; Ecole des arts et de la communication de l’Université normale de Beijing

Du 22 au 24 mai 2026

Du vendredi au samedi à 20h, matinée le samedi et le dimanche à 16h

Durée du spectacle : 2 heures

Théâtre des Bouffes du Nord

37bis, boulevard de la Chapelle

75010 Paris

Réservation 01 46 07 34 50

www.bouffesdunord.com

Du 30 mai au 6 juin au TNP Villeurbanne