Pourri, le Danemark, ce pays de vikings pouilleux, sans histoire, sans relief, (le plus haut sommet plafonne à 170 mètres de haut) sans tradition culinaire (le danois se nourrit essentiellement de smørrebrød, tartine de pain noir beurré), au climat gris et froid ? oui assurément. Et pourtant, il caracole dans les premières places du classement des pays les plus heureux du monde. Pendant ce temps-là, la France, aux riches heures, à la géographie contrastée et à la merveilleuse riviera obtient péniblement…. la 33e position, entre l’Arabie Saoudite et Singapour (sur l’échelle de Cantril – un outil de mesure permettant aux citoyens d’évaluer leur qualité de vie de 0 à 10 –, redressé par quelques autres variables PIB par habitant, espérance de vie en bonne santé, etc…). Pourquoi ?

Le collectif Superamas dans une conférence spectacle épatante manie le chaud et le froid et nous tient en haleine durant 1h 20 sur cette question.

Un conférencier à la magnifique veste couleur du drapeau danois tient le crachoir derrière son pupitre éclairé par une lampe de chez Louis Poulsen (équivalent danois d’IKEA). Il va jongler allégrement avec les dispositives, les témoignages projetés de « vrais danois », les petites blagues personnelles, la provocation, le suspens ethnologique. Rire d’une restitution documentaire, on ne pensait pas que c’était possible. En plus il a ce petit côté snob, gentleman farmer décontracté, l’air de ne pas y toucher avec son ordinateur portable, ses petites illustrations comiques, et ses mots clefs. Au début on pense que c’est un gag mais notre conférencier, main de fer sous un gant de velours, poursuit sa démonstration et là on se dit « c’est du sérieux ». Il va même jusqu’à tester le sentiment de bonheur du public. Et vous, sur une échelle de 0 à 10 entre ce que vous vivez et votre définition d’une vie heureuse, vous vous mettez combien ? Ce jour-là, la salle plafonne entre 8 et 9, l’air d’Avignon certainement, et le charme de Superamas, composé de trois membres dont l’intervenant qui souhaitent garder l’anonymat (on comprend pourquoi en voyant la conférence).

Loin du speech universitaire, le spectacle, documenté et ludique sans se prendre au sérieux, mêle saveur, humour et savoirs dans une dimension interactive qui séduit le public. Le propos est plus sérieux qu’il n’y parait. Non, la sensation de bonheur n’est pas essentiellement dû aux dispositions personnelles (le gaulois est insatisfait, c’est bien connu), il résulte surtout de choix de société. Danemark, ouvre un débat politique qui fait chanceler le spectateur sur ses bases ; dans un festival hanté par la fatalité du mal, ce seul en scène remet les idées en place. La notion de communauté n’est pas une abstraction républicaine, à réciter sous les frontons, pas plus qu’une idée à l’eau de rose. Les services publics fermés, l’absence d’interlocuteurs, l’injonction à la performance dès l’école, l’impuissance démocratique, le contrôle et la défiance généralisée, tout cela, les danois l’ont compris, met en péril une société. Ils en tirent concrètement les conséquences dans les décisions politiques à tous les niveaux.  Alors, le Danemark n’est pas « le meilleur des mondes » mais tout de même, ça fait réfléchir …. C’est aussi ça, le théâtre.

Danemark, de Superamas
Mise en scène :  Superamas
Interprétation : Superamas
Décors et son : Superamas
Lumières : Henri-Emmanuel Doublier
Regards extérieurs : Antoine Defoort, Diederik Peeters, Valéry Warnotte
Avec la contribution de Christian Bjørnskov, Karen Lambæk Christensen, Peder Jensen Pedersen

Photo : © Superamas

Du 4 au 23 juillet 2026 à 11h40, relâche le 10 et le 17 juillet

Durée : 1h20

11 · Avignon

11 bd Raspail

84 000 Avignon

pas de réservation par téléphone

www.11avignon.mapado.com

Tournée :

8 octobre, Théâtre de l’Arsenal, Val-de-Reuil
16 et 17 mars 2027, L’Onde, scène conventionnée de Vélizy-Villacoublay

11avignon.mapado.com