Sur la petite estrade de cabaret il n’y a qu’une chaise et une masse noire et indistincte au sol. Et un rayon de lune. Au son d’un étrange carillon, émerge un monde à l’atmosphère toute fantastique, comme surgi d’une nouvelle d’Edgar Poe. Le tas se met à bouger. De l’informe surgit une forme instable, évolutive, produisant ses inquiétantes ambiguïtés visuelles. De l’obscure peau chatoient progressivement des couleurs jusque-là insoupçonnées. Le volume non assignable roule, se fait millepattes, se redresse, et, l’espace d’un court instant, s’affirme dragon de nouvel an chinois. Son enveloppe : un très grand châle noir et rouge, multicolore, aux franges argentées comme de longues aiguilles. Pol Jiménez, dans le plus simple appareil, disparaît dans le tournoiement de l’étoffe. A l’heure des effets spéciaux cinématographiques, du morphing à tout va, le chorégraphe se drape dans la plus artisanale illusion, le tissu vole et s’enroule sans fin comme une hélice autour de son axe, le corps disparaît et réapparaît par intermittence comme escamoté par une cape d’invisibilité. C’est fascinant et puissant comme un trucage de Méliès. Pol Jiménez acquiert une présence de feu-follet. Cantique du quantique, il atteint à la magie du passe-muraille.

Ce Café de Copla, à l’inverse du Juana Ficción de La Ribot également programmé au RCI93, tisse un univers de fiction, se charge d’une histoire, se rappelle à nous à travers le légendaire. Et c’est bien le genre, au-delà du masculin féminin, qui structure la proposition spectaculaire et mordante de Pol Jiménez : fantastique, cabaret, cinématographique, music-hall… La pièce épouse les types artistiques, les uns après les autres, comme l’étoffe le corps du danseur. Le flamenco du bondissant créateur de Lo Faunal est d’essence transformiste. Il ne tient pas en place, se déplaçant en permanence vers d’autres cieux, passant d’une estrade à une table, se glissant d’un rôle à un autre, de la tragédienne s’effondrant au pied d’une chaise, à la diva d’une comédie musicale, de la gitane en plein sabbat à la cabarettiste stripteaseuse. Café de Copla est un ballet de l’incarnation. Et s’il allume un désir en nous, c’est bien celui de cette métamorphose sans fin. Le voile ne se déchire pas mais laisse entrapercevoir dans son tourbillon le séduisant vortex du vivant.
Café de Copla, direction artistique, chorégraphie et interprétation : Pol Jiménez
Assistanat artistique : Bruno Ramri
Assemblage musiques : Jaume Clotet
Costumes : Manuel Mateos
Régie lumière : David Corral
Régie plateau : David Corral
Photos de l’article : @ Alan Gomis
Vidéo : Carlos Collazos – Looky Produccions
Regard extérieur : Gaya de Medeiros
Enregistrement son : Gerard Porqueres
Diffusion et management : Patty Maestre
Coproduction Obrador d’Arrel de Fira Mediterrania de Manresa ; Mercat de les Flors
Durée : 55min
Le jeudi 11 juin 2026 à 19h00
Théâtre L’Échangeur – Bagnolet
59 avenue Général du Gaulle
93170 BAGNOLET
Réservations : 01 43 62 71 20
Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

