Après la Bretagne (Madame Mouchabeurre), après le Far-West (Il était une fois complétement à l’ouest), après le cirque (Le cirque plein d’air), les Caramels fous débarquent avec éclat dans les Carpathes. Comédie musicale gothique parmi les vampires, à croire que la Transylvanie depuis le Rocky Horror Picture Show ou le bal des vampires abrite une forte communauté gay chez nos immortels suceurs de sang. Dracula, fatigué de tant de siècle passé, l’éternité c’est long à la fin, prend sa retraire et confie son royaume à Jacomo, son petit dernier. Seulement voilà, Jacomo est une drag-queen flamboyante, amoureuse de surcroit d’un mortel cocaïné jusqu’au fond des narines, bien décidé à dépoussiérer les traditions de son clan. Devant un tel scandale, Hannibal, le frangin, décide de prendre le trône par la force et la ruse et de virer « Jacky la Jaquette » aux oubliettes. Coup d’état, coup bas, coup du sort, coup tordus et cous tendus, ça va saigner dans le manoir où la fluidité n’est pas seulement dans les globules versés mais dans le genre aussi qui est leur affaire.
Comédie musicale génialement azimutée et cabaret queer ravageur tout à la fois, humour camp’ traversé de gravité, une autodérision jubilatoire aussi se jouant des clichés en tout genre retournés crânement, les Caramels fous sont de retour et fête leurs quarante ans. Quarante ans et la même joyeuse impertinence, le même humour caustique, le même engagement ferme. Sous le fard, les paillettes, le strass, c’est l’affirmation et la fierté d’une identité attachée à dénoncer toutes discriminations, au-delà de leur communauté LGBTQIA+. Homophobie, lesbophobie, transphobie, grossophobie, racisme, masculinisme, par les tenants de la réaction, de l’ordre et de la morale à qui nos fringants quarantenaires font joyeusement la nique. Par le rire converge ici les mêmes combats, queer et féministes parce que les droits obtenus ne sont jamais acquis qui hoquettent toujours, menaçant le vivre ensemble. La réalité inclusive sous le glam’ est moins folichonne aujourd’hui, avouons-le, et l’inquiétude pointe son vilain nez. Cependant que la tolérance et la bienveillance traverse cette comédie musicale débridée et folle, qu’on croirait sorti d’un film de la Hammer version camp’ et drama-queen. La longévité de cette compagnie amateur (mais qu’est-ce que cela veut dire ici ?) est exceptionnelle et n’est pas sans drame. Le SIDA n’a pas épargné certains membres dont il est rendu le temps d’une chanson un bel et poignant hommage. Les Caramels fous c’est cela aussi, une traversée de la communauté gay, de son évolution, de ses drames, combats et acquis, mise en scène et en chansons.

Et comme toujours avec les Caramels Fous, les standards de la chanson pop, rock ou disco – ses scies infernales qui ne vous lâchent guère et qui sont le ciment d’une culture populaire ou identitaire – sont détournés, revisités avec bonheur et vous balancent de sacrés messages, font d’une ritournelle innocente une chanson profondément engagée et qui remue les tripes aussi sèchement qu’elles vous font exploser de rire l’instant d’après. Et les dialogues ne sont pas non plus piqués des hannetons qui font mouche, où les jeux de mots volant en escadrilles ne sont jamais gratuits. Mise en scène avec allant et inventivité, sans temps mort aucun, on y chante et danse avec un vrai talent, généreux, on y fait des claquettes aussi, le temps d’un hommage formidable à Chicago. C’est enlevé, c’est explosif, c’est clinquant et foutrement coloré, c’est cent pour cent pur queer et démontre encore une fois combien Les Caramels fous en quarante ans, avec un talent inentamé, ne lâche rien de leurs convictions. Leur fierté est là aussi.

Dragula, une création des caramels fous
Texte et mise en scène de Denis Evrard
Directeur musical et vocal : Nicolas Dorian
Chorégraphe : Loïc Faquet
Chorégraphe claquettes : Agnès Pat’
Assistant claquettes : Vincent Baillet
Costumiers et maquilleurs : Denis Evrard, Anjali Rana, Damien de Battant, Lehny et les Caramels fous
Décorateurs : Alexis Hassan Haouadeg, Maury Mills, Frèd’Pierre et Les Caramels fous
Création sonore : Benjamin Primault et Anthony Desvergnes
Création lumières : Valentin Lemarquier
Régisseur-euses : Didier Lepeltier, Gregory Guillan, Guillaume Dusserre, Jérôme Baco, Martine Godar, Matt Penot, Maury Mills, Rose Giraud
Photos, vidéo, communications : © Frèd’Pierre et les Caramels fous
Avec : Alexis Hassan Haouadeg, Armando Santos, Benjamin Duval, Duarte Ferandes, François Dussillol-Godar, Geoffrey Palermo-Delamare, Jérôme Cuvillez, Jérôme Guérin, Jean-Philippe Vincifore, Julien Moreno-Ros, Michaël Baderot, Olivier Segrettin, Sylvain Angonin de Reu, Vincent Baillet, Yohann Sassier, Kaï
Avec la collaboration de l’école Boulle pour les accessoires, l’école Estienne pour la vidéo d’ouverture et Julien Baldacchino pour l’orchestration de l’hymne de la compagnie
En partenariat avec SOS Homophobie
Vu en avant-première le 18 octobre à la MPAA, rue St Félibien, 75007 Paris
Du 19 au 21 février 2027 à la MPAA Réservations : www.caramelsfous.com

