L’affiche Murakami / Decouflé au Théâtre du Châtelet, après un passage au Barbican de Londres, avait de quoi intriguer, si ce n’est séduire. L’idée d’adapter en spectacle musical La fin des temps de l’auteur japonais multirécompensé, n’allait pas forcément de soi, même si le chorégraphe français avait déjà produit deux comédies musicales au Japon.
S’appuyant sur une équipe entièrement japonaise, depuis la distribution de neuf acteurs et dix danseurs à l’équipe technique en passant par la musique d’Umitaro Abe, ainsi que sur l’adaptation de Ako Takahashi élaguant de manière radicale dans les quelques 700 pages du roman, Decouflé a fait le choix d’une interprétation chorégraphique à la fois littérale et épurée, empruntant à la fois au genre de la comédie musicale et du kabuki, pour rendre compte des habituels mondes parallèles de Murakami qui se juxtaposent avant de s’entremêler. Il y a celui de la cité mystérieuse, protégée par de hautes murailles (ici un paravent de tissu en déambulation), et celui d’un Tokyo contemporain où se joue une lutte souterraine et mafieuse pour le contrôle de l’information, passant par celui du son. L’ouvrage qui date déjà du milieu des années 80 continue à parler dans nos années 2020.
C’est un ballet de licornes qui ouvre le spectacle, avec des danseuses sur pointes en costumes lamés dorés, s’appuyant sur des cannes, multipliant les arabesques et torsions afin de mimer la gestuelle supposée de ces animaux fantastiques à quatre pattes. Un autre ensemble compose les créatures imaginaires des sombres « ténébrides » et du monde de nos ombres. Il y a quelques beaux tableaux, en particulier celui des cranes de licornes encadrant comme une rosace les deux personnages principaux, et tout au long du spectacle de très beaux éclairages. Pour autant, sur le plan scénographique comme chorégraphique, il n’y a rien d’extrêmement novateur, ni extrêmement entraînant.
Et si la mélancolie latente de l’écriture de Murakami est bien présente, elle est contrebalancée par un humour un peu graveleux qui n’est pas celui de l’auteur. Il n’est pas certain que ceux qui n’ont jamais lu Murakami aient envie de le lire ou y prennent plaisir et il n’est pas évident que les lecteurs de Murakami aient retrouvé son esprit littéraire dans ce spectacle hybride de La fin des temps.

La fin des temps, d’après Haruki Murakami
Adaptation : Ako Takahashi
Mise en scène et chorégraphie : Philippe Découflé
Musique : Umitaro Abe
Scénographie : K Ishihara
Lumières : Yukiko Yoshimoto
Sound Design : Madahiro Inoue
Vidéo : Taiki Ueda
Costumes : Ayako Maeda
Coiffure et maquillage : Naoki Kamada
Avec : Tatsuya Fujiwara, Misato Morita, Shuntaro Miyao, Miu Tomita, Kiita Komagine, Ryunosuke Shimamura, Haru Fujita, Shinya Matsuda, Narushi Ikeda,
Et les danseurs : Moeko Uematsu, Yuuka Okamoto, Mizuki Tomioka, Junpei Hamada, Erika Hara, Miki Furusawa, Nana Horikawa, Reo Yamada, Yuya Yoshizaki, Rikubouz
Le musicien : Umitaro Abe, Mayu Gonto (en alternance)
Photo : © Thomas Amouroux
En japonais (surtitré en français et anglais)
Jusqu’au 21 octobre 2026
Durée : 2h30 (avec un entracte)
Théâtre du Chatelet
Grande salle
Place du Châtelet
75001 Paris
Réservations : www.chatelet.com

