Les musiciens polymathes en désir de théâtre sont sur le devant de la scène en ce début de saison parisienne. Avec Stéphane Escher, heureux de se retrouver sur le plateau du Rond-Point, chantant en s’amusant avec moults astuces scénographiques et effets de mise en scène, et Albin de la Simone qui continue à dessiner au Théâtre du Petit Saint-Martin (jusqu’au 13 novembre) en nous racontant sa vie en chansons à partir de son premier livre autobiographique (Mes Battements), Thomas Fersen rejoue sa vie en octosyllabes à La Scala, s’appuyant lui-aussi sur un ouvrage paru au Seuil en mai dernier et dont la version en quatrains arrive au mois de novembre chez le même éditeur.

Il s’agit de la seconde expérience de l’auteur-compositeur de l’adaptation scénique d’un texte publié. Plus élaboré que le passage à la scène (Mon frère c’est Dieu sur terre) de son premier opus (Dieu sur terre), Comme on quitte un imperméable, l’ouvrage comme le spectacle, est à l’image de son créateur. Singulier et iconoclaste, savant et poétique. L’artiste polymorphe, depuis son lit, entouré d’un percussionniste à jardin et d’une violoniste et pianiste à cour, tous de blanc vêtus, déroule son histoire, sa propre histoire si l’on veut bien le croire, dans une fausse nonchalance.
Fersen junior fut envoyé par ses parents à l’étranger, bien contents de se débarrasser de leur rejeton devenu chômeur. Grâce à son indemnité, il met le cap sur le Mexique et ses découvertes en tous genre. C’est là que son destin bascule et qu’il eut « l’impression agréable de quitter son ancienne vie comme on quitte un imperméable » …
Le rythme musical suit celui de son existence, tantôt chaotique, effréné, extatique et sensuel ou engourdi. Les octosyllabes coulant presque comme un slam, s’enchaînent pour conter ce voyage initiatique et s’entremêlent avec les morceaux chantés qui ne perdent jamais le fil de cette étrange odyssée. De sa voix rauque et charmeuse, Fersen nous fait boire les paroles de son histoire rocambolesque, nous faisant rebondir des déserts amérindiens aux soubresauts de son véhicule, rencontrer un iguane et déguster un bouillon de poulet aux pâtes alphabet, jusqu’à ce que l’on croit voir les frémissements des oreilles ourlées de la belle Cubaine dont il reçut un tendre baiser, qui aurait pu délicatement se poser comme le petit ballon rose descendant des cintres.
Le charme du spectacle tient également beaucoup à la mise en scène inventive de Samuel Achache, dont on a souvent apprécié le travail ces dernières années, notamment son Sans Tambour, en 2022 à Avignon, plein de gags et de sensibilité. Les paquets de cravates accumulés près des instrumentistes et sur les barreaux du lit, forment une cape une fois déplacés sur ses épaules, transformant le conteur affublé d’un chapeau noir à larges bord en personnage quasi moliéresque.
Un spectacle musical rondement mené, et qui comme toute pièce bien écrite revient à ses débuts pour boucler la boucle, et donc aux parents… Le constat que depuis la découverte du mythe d’Œdipe, « on est bien paumés », ne nous surprend pas, mais un nouveau nom pour un nouveau moi, annonce une conclusion provisoire vers une nouvelle vie que l’on connaît certes déjà, mais dont on attend la mise en rimes et en musique pour un futur troisième spectacle musical.
Comme on quitte un imperméable
Musique de : Thomas Fersen et Florent Hubert
Orchestration : Florent Hubert
Mise en scène : Samuel Achache
Scénographie : Alwyne de Dardel
Lumières : Juliette Besançon
Costumes : Mariane Delayre
Assistanat à la mise en scène : Mona Taïbi
Photos : © Vincent Delerm et © Beìneìdicte Roscot
Avec : Thomas Fersen
Et les musiciens : Cécile Bourcier, Miguel Filipe, Christophe Cravero
Durée : 1h40
Jusqu’au 17 octobre 2026 à 21h
La Scala
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
01 40 03 44 30
www.lascala-paris.fr

