Des danseurs pareils à des soldats de plomb, minuscules silhouettes installées en ligne à l’avant-scène, occupent les avant-postes. Un jet de fumée, puis, dans ce brouillard esthétique et tactique, deux jeunes femmes apparaissent et progressent dans une danse à pas lents, qui pourrait être le franchissement imaginaire d’une ligne de combat sur le « théâtre d’opération », tant les corps sont tendus, maitrisés, suspendus l’un à l’autre dans un unisson, aux aguets, une cuisse se levant et ouvrant le bassin avant de se reposer, puis l’autre. Les corps indéniablement capturent et cristallisent une puissance ; ils sont la gâchette d’une volonté. Des mots seront lancés, comme des mots d’ordre ou des ordres de marche : des mots en hébreu issus du vocabulaire technique appris dans les académies de danse israéliennes, des mots à usage dual (comme il est dit de matériaux ou de technologies pouvant être détournés de leur usage civil pour un usage militaire) puisque l’un se traduit par « militarisation du ventre », un autre par « force d’expansion », un autre encore « fake smile », et bien d’autres termes encore, tous faisant partie, nous rappellent les sur-titrages, aussi bien du lexique militaire que chorégraphique israélien.

Passage en revue camouflée des forces martiales en présence. Les mots sont à l’affut et visent. Ils dénotent par cette déterritorialisation inattendue. Ou disons les choses autrement : par cette colonisation du champ chorégraphique par le champ militaire. Les deux performeuses sont des éclaireuses. L’une a grandi dans un village arabe au nord d’Israël, l’autre est née et vit à Jaffa. Depuis leur histoire personnelle, depuis leur expérience de la Palestine occupée, In relation to whom مرتاحة fait œuvre d’archéologie politique à même les corps.

A ce langage des corps militarisés, sur le qui-vive, Marah Haj Hussein et Nur Garabli décident, à mi-parcours, de fausser chemin. A cette infiltration à leur corps défendant, les deux artistes opposent la désertion poétique et ludique. Sous le territoire ainsi occupé, comme un retournement de situation traduit scéniquement par l’inversion du tapis de danse replacé sur son envers, une autre danse émerge et s’élargit petit à petit, sans mot dire. Sœurs siamoises au bord du fil de l’eau miroitante, leurs chevelures se nouent et produisent un autre rapport entre les deux corps que celui de l’unisson militaire. Une politique du souci de l’autre, une sororité du commun vivant. Une danse solidaire de l’amitié et de la joie émerge de ce rapprochement, telle la résurgence de cette autre danse, ancestrale, apprise de leurs aïeules, danse festive pour célébrer la vie et le sentiment de communauté : le dabkeh palestinien. Vibrant, percutant, In relation to whom مرتاحة a la force de sa justesse et de sa jeunesse, maniant avec vigueur et intelligence ses concepts et sa danse comme un alphabet réparateur !

In relation to whom مرتاحة Concept et performance : Marah Haj Hussein, Nur Garabli

Dramaturgie et collaboration artistique : Krystel Khoury
Création lumière : Pôl Seif
Costume : Smila Zinecker
Musique et composition : Verena Rizzo
Régie son : Korin Rizzo
Scénographie :Agnese Forlani

Production : Monty

Coproduction :Kunstencentrum BUDA ; Saraya Theater ; Theater Rotterdam ; Points communs – Nouvelle scène nationale Cergy-Pontoise / Val-d’Oise ; Fondation Royaumont ; La Villette/EPPGHV ; Centre national de la danse (CN D) ; De Singel ; La Briqueterie CDCN ; Les Halles de Schaerbeek ; Frascati Producties ; Le Maillon, Théâtre de Strasbourg

Avec le soutien du Gouvernement Flamand | Ammodo. Remerciements à Rabeah Morkus Dance Studio – Kafar Yassif, The Work Room – Glasgow, Battersea Arts Centre – London, KAAP – Bruges, Hana Dance House – Haifa

Photos de l’article: @ Marc Chesneau

Durée : 1h

Les 10 et 11 octobre 2026

MC93

9 boulevard Lénine

93000 Bobigny

Tél : 01 42 87 25 91

https://www.mc93.com

Dans le cadre de plan D du CN D – Centre national de la danse et de la Saison Méditerranée 2026