« Alban Richard, formidable danseur, est une boule d’énergie solaire insaisissable capable d’explosions fulgurantes et de retenues imprévisibles. Une danse toute de tension et de relâchement qui vous foudroie. Une danse instinctive et maîtrisée où la rigueur de la pensée autorise le chaos le plus absolu ». C’est ce que nous écrivions quand nous l’avions découvert. Rien n’a changé, c’est toujours ce charisme incroyable, cette générosité qui le fait se jeter dans la danse sans retenue aucune, concevoir chaque performance comme une fusion entre musique, danse, voix, souffle, lumière et ici, un lieu singulier, la Sainte-Chapelle du Château de Vincennes. Accompagné du contrebassiste Florentin Ginot, architecte d’un paysage sonore singulier, où le son en cataracte se diffractant à 360° dans l’espace diffère dans sa perception selon la place du spectateur. Même révolution spatiale pour Alban Richard qui évoluent dans cet environnement sonore sans ancrage précis autres que ses impulsions, autour cependant d’un seul axe toujours fixe et avec lequel la connexion en flux tendu de cesse pas, la contrebasse. Pour le spectateur, en proximité, c’est une multiplicité de point de vue qui composent ou décomposent cette chorégraphie aléatoire et pourtant précise. Cependant que le geste d’Alban Richard, toujours en rupture, imprévisible, éphémère, cette chorégraphie prend aussi son impulsion, son élan dans l’écriture; Alban Richard vocalise sans rupture quelques fragments de textes, Walt Whitman et William Burroughs, lesquels par leur rythme et débit déterminent le mouvement. Etrange mouvement par ailleurs qui rappelle la gestuelle d’androïde, heurtée et saccadée, dont Alban Richard explore jusqu’au bout la mécanique articulatoire, jusque son dérèglement, voire la convulsion, la désarticulation. Avec la voix déréalisée, sans volontairement d’affect, le trouble naît soudain d’une chorégraphie qu’on pourrait penser être conçue par une I.A mais que dément le souffle du danseur dans l’effort.. Et qu’une fin semble infléchir vers un semblant d’humanité par l’épuisement du geste et… la fatigue du danseur. C’est par ailleurs cette fusion absolue entre un espace extérieur et ce qui le compose (son, architecture, spectateur) et un paysage mental (littérature), fusion aussi entre ces deux artistes, cette énergie qui circule de l’un à l’autre sans faillir, qui fait de cette performance un formidable et rare geste artistique, fascinant.

A sentimental landscape
Composition, scénographie, performance de Florentin Ginot
Chorégraphie, scénographie, performance d’Alban Richard
Design sonore : Martin Antiphon
Création lumières et régie générale : Jérôme Houlès
Assistant au projet : Max Fossati
Vêtements : Clément Vachelard
Extrait musical : Marin Marais (prélude en Harpègement)
Materiel textuel découpé dans Leaves of Grass de Walt Whitman et Exterminator ! de William Burroughs
Photos : © Virgine Meigne
Vu le 9 juin 2026, Sainte-Chapelle du Château de Vincennes
Durée 40mn
Dans le cadre du Festival June Events / Atelier de Paris, Cartoucherie de Vincennes

