Le noir tombe sur la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point. D’emblée, le public est saisi par le contraste entre les quelques notes de musique jouées fortissimo puis le silence qui résonne dans l’obscurité. Progressivement la lumière fait apparaître au plateau cinq corps, cinq femmes, toutes de robes à fleurs vêtues. Elles sont droites, campées sur leurs jambes ; elles sont tout à la fois fragiles et fortes ; elles ont chacune leur partition qui répète pourtant les mêmes mouvements saccadés, rythmés, hypnotiques. Il n’y a pas de doute, c’est bien du Leïla Ka qui se déploie sous nos yeux dès les premières minutes de Maldonne.
A travers différents tableaux, les cinq danseuses illustrent toute la puissance de l’univers de Leïla Ka, capable comme personne de créer des pièces où les émotions brutes s’entremêlent, virevoltent et prennent possession du corps des interprètes. On retrouve une fois encore la ferveur de l’engagement féministe de la jeune chorégraphe qui transpose ici les émotions vécues avec ses sœurs, ses amies, des femmes croisées au fil des ans : une transcription sensible, brillante et galvanisante d’expériences traversées. Car, oui, il faut le dire, dans nos sociétés patriarcales, il y a dès le départ, une « maldonne », avec laquelle il s’agit de composer, ou au contraire, contre laquelle les femmes peuvent aussi décider de lutter. Tout à tour, les danseuses ploient sous ce joug, pleurent, tombent, puis se relèvent, laissent aller leur rage, se débattent, et décident soudain de se jouer de ces modèles qu’on leur impose. De concurrentes, elles passent à alliées : tantôt soumises, elles se révèlent provocatrices ; et d’infiniment seules, elles prennent soudain conscience de la force du collectif.
Et nous voilà, nous-mêmes, spectateurices, embarquées dans cette myriades d’émotions. On retient son souffle, on laisse couler ses larmes, avant de sentir un sourire se poser sur nos lèvres. Car rebattre les cartes n’est pas toujours chose aisée ; mais cela peut s’avérer sinon libérateur, du moins exaltant. Et ces danseuses y mettent une énergie tellement incandescente qu’on ne peut qu’être touché par l’expressivité de leurs visages, de leur mouvements… Et même de leur souffle, qui se transforme en véritable mélodie, comme si le besoin vital de s’émanciper prenait une consistance tangible dans ces rythmes de respiration sonores.

Maldonne, chorégraphie de Leïla Ka
Interprètes : Océane Crouzier, Justine Agator, Adèle Bonduelle, Lise Messina, Flore Ruiz Moret
Assistanat à la chorégraphie : Jane Fournier Dumet
Costumes : Leïla Ka
Création lumière : Laurent Fallot
Régie lumière : Laurent Fallot
Régie son : Rodrig De Sa
Photo : © Monia Pavoni
Du 11 au 13 mai 2026
à 19h30
Durée : 1h
Théâtre du Rond-Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Réservation : 01 44 95 98 00
www.theatredurondpoint.fr

