Les grandes illusions. La toute première de ces illusions annoncées serait l’affiche même de cette création. Une belle photo façon clair-obscur, un tant soit peu caravagesque bien entendu, deux hommes serrés l’un contre l’autre, visages et mains dans la lumière, le reste plongé, rongé par l’ombre, noyé dans un silence amoureux. Puis le titre, Les grandes illusions suivi de deux noms, Laurent Charpentier et Arthur Dreyfus. Ah, les affiches sont les premières copines du public, elles annoncent sans rien dire le thème du spectacle, elles donnent envie ou non, avec toutes ces informations. Ici, aux Plateaux Sauvages, nous aurons sur scène Hélène Alexandridis, Arthur Dreyfus, Louise Hardouin. Sur l’affiche, on peut reconnaître Arthur Dreyfus, celui du bas, mais l’autre, le beau brun avec une belle main posée sur l’épaule d’Arthur Dreyfus, où est-il passé ? Qui est-ce ? Hélène Alexandridis ou bien Louise Hardouin ? Mystère, mystère pour cette création aux Plateaux Sauvages.
Car en fait toutes ces illusions seront échangées entre un homme, jeune écrivain homosexuel à la mode qui annonce à sa mère, une veuve bien comme il faut et un rien amusante, qu’il va non seulement se marier, mais en plus avec une femme. Rendez-vous compte ! Et en plus cette petite est avec lui, chez Maman, là, silencieuse et souriante. Madame mère n’en revient pas, certes, des aventures de son fils, qui la surprendra jusqu’au bout, mais elle est prête néanmoins à échanger deux ou trois mots avec cette petite qui ne doit pas s’appeler Georges ou Marcel, c’est évident. Comment savoir, les deux ou trois questions qu’elle pose sont détournées par son fils qui semble chercher la bagarre avec maman, il est peut-être tombé amoureux d’une femme rien que pour ça, surprendre et perdre maman, non ? Tout est possible. Les grandes illusions racontent celles du fils et de la mère, oui, et on attend gifles ou coups de pied, mais non, rien que des souvenirs, le fils rappelant bruyamment l’infidélité sereine de sa mère. Oui et alors ? Ton père rentrait bien tard tous les jours, le sourire aux lèvres, lui répond-elle plus ou moins. Le fils attaque, non-stop, et sa future femme, silencieuse et un rien embarrassée, disparaît de cette cuisine maudite. Comment a-t-elle fait ? Son futur mari est lui aussi magicien, où est la baguette magique responsable ?
La bagarre entre le fils et la mère emprunte des chemins étranges, l’un ou l’autre semble se perdre de temps en temps derrière les rideaux en fond de scène, revenir, et attaques et défenses jaillissent. Notre envie de faire disparaître le fils est de plus en plus forte et tenace, histoire d’aller boire un café tranquillement avec sa mère. Arthur Dreyfus souhaite nous faire nager dans un univers lacanien mais nos bouées se percent vite et la noyade est proche. La mère et le fils s’enferment dans une discussion où chaque souvenir, chaque mot presque veut tartiner l’un ou l’autre de reproches, attendant que Madame Mère s’effondre en larmes, se flagellant et s’avouant coupable. Loin de là, il n’en est pas question, on sent qu’elle aurait préféré un futur gendre, tout aurait été plus simple. Et amusant.

Les grandes illusions ont la forme d’une balançoire. Un coup Maman, un coup fiston chéri. Ce personnage joué par Arthur Dreyfus semble vouloir dresser un panneau gigantesque sur lequel serait écrit qu’il est le fils le plus malheureux de l’univers, la preuve, il est tombé amoureux d’une femme. On a de notre côté l’envie immense de lui proposer d’aller voir un bon psy et/ou d’aller faire la fête avec des copains plutôt que de se rouler dans une fausse bagarre avec une maman adorée-chérie-vilaine. Un intellectualisme bien propret cherche à tartiner tout ce qui bouge de références top niveau. Et, malheureusement, aucune nouvelle du beau mec de l’affiche !
Les grandes illusions, d’Arthur Dreyfus
Mise en scène : Laurent Charpentier assisté de Yann Pichot
Scénographie : Gaspard Pinta
Création lumières : Laïs Foulc
Création sonore : Madame Miniature et Samuel Robineau
Construction décor : Atelier Jipanco
Avec : Hélène Alexandridis, Arthur Dreyfus, Louise Hardouin
Texte à paraître aux éditions P.O.L.
© Photos de Pauline Le Goff
Du 7 au 18 avril 2026
Durée du spectacle : 1h15
Les Plateaux Sauvages
5, rue des Platrières
75020 Paris
Réservation : 01 83 75 55 70
www.104.fr
Tournée:
La Halle aux Grains – Scène nationale de Blois, les 2 et 3 octobre 2026

